lundi 22 février 2016

Famille nombreuse et vacances au ski: l'équation impossible? (quand la nostalgie s'en mêle...)



Ce week-end, nous sommes allés à la rencontre de mes parents, pendant leur balade en raquettes, pour leur faire un petit coucou et s'amuser dans la neige.
Nous avons beaucoup de chance de pouvoir aller à la montagne juste pour la journée.

Parfois nous allons skier tous les deux (mais c'est de plus en plus compliqué à organiser...), d'autres fois nous y allons tous ensemble.




A chaque fois, cette période d'hiver me met dans un état d'ambivalence: J'ai passé mon enfance sur des skis, grâce au merveilleux chalet de ma grand-mère, aux Gets, dans lequel j'ai passé toutes mes vacances d'hiver. (j'avais écrit mes souvenirs ici)
Les vacances de février sont éternellement associées, dans mes souvenirs, à cet immense chalet, plein de charme, digne de figurer dans le magazine de déco "Coté Est", et plein de couchages aussi: nous y allions toujours en tribu, avec le groupe d'amis de mes parents et tous leurs enfants.
J'ai donc un bon niveau de ski (je faisais de la compétition à 11 ans) et de snowboard. Le ski était naturel, faisait partie de moi, comme pour ma mère et ma grand-mère, skieuses émérites. Il me paraissait presque étonnant que tous les autres enfants n'y aillent pas!

Jean-Chou a pu en profiter avec moi... je me souviens de semaines de rêve, hors vacances scolaires, passées dans la poudreuse, sur ce domaine skiable hors du commun des Portes du Soleil, et désert à cette période.
Mais ce chalet a été vendu... et elle est là, mon ambivalence:

Tous ces souvenirs, ces sensations, le plaisir de la glisse, j'aimerais pouvoir les transmettre à mon tour comme l'ont fait mes parents avec nous. Mais c'est compliqué, maintenant que nous n'avons "plus rien" à la montagne.
C'est après, finalement, que j'ai réalisé à quel point, enfant, j'ai été privilégiée. Ce qui me paraissait naturel à l'époque (aller au ski deux semaines en février chaque année, et parfois une semaine en plus à Noël), était en fait... un luxe fou.

Et on a bien pensé, avec Jean-Chou, à louer un appartement au ski parfois... on va quelquefois un week-end de trois jours, dans les stations de l'arrière-pays niçois, pour donner quelques cours de ski à nos enfants... Mais on en arrive toujours à la même conclusion/frustration:
Quand on a connu un cadre aussi privilégié que les sports d'hiver en Haute-Savoie, dans un chalet chaleureux, avec une qualité d'après-ski incomparable, on a du mal à se "contenter" de louer un petit studio exigu et sans charme (le ski, c'est sympa, mais ce qui est le plus merveilleux c'est le gouter près de la patinoire, la petite sieste au soleil dans le transat sur la terrasse après une matinée sur les pistes, l'apéro dans un fauteuil face à la cheminée et à la baie vitrée donnant sur la descente aux flambeaux, les jeux de cache-cache dans les dortoirs, les grandes tablées et la pierrade pour quinze, la tartiflette dans un resto en altitude en pleine nuit, les sorties entre copains au pub Canadien et à l'Igloo...)

A chaque fois qu'on s'aperçoit que, pour le prix de vacances aux Seychelles, on se retrouve à risquer de passer toute notre semaine à enfiler/enlever les combi de ski aux enfants, faire les allers-retours au cours de ski, se stresser pour finir notre descente et arriver à l'heure pour la fin des cours à midi, faire les courses, la vaisselle, s'occuper de la petite dernière, essayer de déplier le clic-clac au milieu de "l'appartement pour 4" avec les lits superposés dans l'entrée, et se demander où est-ce qu'on peut faire sécher les gants et les pantalons puisque la porte d'entrée du studio donne directement sur les plaques de cuisson, s'engueuler sur des sujets aussi passionnants que "si on fait une raclette à deux mètres de nos oreillers comment on fait pour aérer?", on se regarde dans les yeux, et on se dit: "no way".
Mes souvenirs, je le sais, mettent la barre très haut. Ils me rendent peut-être un peu radicale, un peu snob même, j'en suis consciente... mais il faut aussi faire des choix.

 Je me souviens, enfant, de mon père (qui, après avoir passé son enfance en Afrique, a appris à skier à trente ans, par amour!) qui était effaré du prix des vacances au ski. Il disait souvent que, s'ils n'avaient pas eu la grande chance de bénéficier de ce chalet, jamais il n'aurait accepté d'aller au ski tous les ans, comparé à tous les voyages merveilleux qu'il aurait pu faire pour le même prix (c'est un grand voyageur...)

Alors je balance toujours un peu entre ces deux sensations: la conviction que, puisque nous avons des choix à faire, on préfère offrir aux enfants des voyages de "découverte", en France ou à l'étranger, et des voyages "sportifs", garantissant des moments de qualité pour tous, y compris pour les parents (on aime bien se faire ponctuellement une petite semaine au Club Med, c'est notre péché mignon, les vacances qui rendent les parents HEUREUX, et pas à moitié!).
Et la frustration, voire le petit sentiment de culpabilité que je ressens, quand je vois que mes enfants ne vont pas particulièrement au ski l'hiver, comparé à certains de leurs copains de classe (pas mal de niçois ont un appartement à Auron ou Isola 2000...)

Mais voilà, avec trois enfants, il faut faire des choix. C'est une obligation, logistique, économique, philosophique, même (on y a réfléchi avant de faire des enfants, hein, on s'est posé la question "qu'est-ce qui est le plus important? Des vacances au ski et une belle bagnole, ou avoir encore de l'amour à donner à un enfant de plus?" et on y a très facilement répondu...)
Je ne peux pas me flageller de ne pas pouvoir TOUT leur apporter: à la fois l'école privée, les vacances au ski, de l'attention pour chacun, les stages de voile, des parents présents...
Je ne veux pas non-plus entrer dans cette erreur de croire que, pour en faire des enfants heureux, tous leurs désirs devraient être assouvis.
Nos enfants sont passionnés de nature, de montagne (on aime tellement y aller l'été), et poussent des cris de joie dès qu'on leur propose une rando, une nuit dans un refuge, une balade à VTT ou une sortie luge et boules de neige... que je crois que je peux me détendre un peu.
On est de plus en plus fan de la montagne l'été (oui car j'ai passé aussi beaucoup d'étés dans ce chalet...), qui propose de multiples possibilités sportives et fun pour toute la famille, et je pense qu'on va la privilégier de plus en plus.

Les vacances au ski, même si j'en rêve régulièrement, sont un phénomène très "social", un vrai signe extérieur (de tous pleins de trucs en même temps), et on a conscience avec jean-Chou de l'absurdité de la chose, quand il s'agit de se ruiner en forfaits, faire la queue des heures en bas du télésiège, en même temps que tout le monde qui a, lui aussi, pris sa location du samedi au samedi, en plein dans la foule et l'agitation des vacances scolaires...
Quand on a la chance d'avoir un logement là-bas, ce sont des vacances géniales et je signerais sans hésiter... mais sinon, on peut concevoir les choses autrement.

Bref. J'imagine que certains d'entre vous trouveront mes considérations risibles, dignes des plus grandes prise de chou de petite bourgeoise pourrie-gatée... Jean-Chou ne manque d'ailleurs pas de me rappeler régulièrement que, même s'il n'est pas souvent allé au ski pendant son enfance, il a survécu jusque là (et en plus il skie plutôt bien, le bougre), et je sais qu'il a raison!
J'ai conscience que je suis très attachée aux souvenirs, aux maisons de famille, que j'ai une nostalgie un peu encombrante... et qu'il faut que je m'en défasse.
(Je ne sais plus qui a dit "rien ne vous limite plus que vos peurs, rien ne vous emprisonne plus que vos pensées, rien ne vous contrôle plus que vos croyances", à moins que ce soit une phrase de philo de comptoir powerpoint ;-)

Mais voilà.
Hier nous sommes allés voir la neige, marcher en montagne, et voir les enfants s'amuser comme des fous dans la poudreuse, prendre le soleil, pique-niquer sur la neige et nous exprimer leur bonheur, nous a procuré un sentiment incomparable: celui de la sérénité et de la joie simple de vivre dans une région géniale qui nous permet d'aller à la neige ou à la plage (chance qui n'est pas donnée à tout le monde), de se déconnecter super facilement de la vie quotidienne et citadine, d'être tous ensemble, et d'avoir ces trois enfants-là, souriant à pleines dents.
Et tant pis s'ils n'auront pas la trace de bronzage des lunettes en revenant à l'école aujourd'hui, ni le récit de leurs vacances au ski dans le cahier de liaison.





























































à lire aussi:
une semaine aux Gets entre copains (l'été)
une semaine à Serre-Chevalier (l'été)

2 commentaires:

  1. C'est vrai que les vacances au ski sont particulièrement onéreuse et avec 3 enfants, je n'ose imaginer à combien s'élèvera la facture entre la location, les skis, les forfaits et éventuellement les cours à l'ESF... Mais en même temps, ces vacances sont tellement merveilleuses! Nous n'avions pas de chalet de famille mais nous habitions dans la région et nous montions le week end ou pour la journée et déjà c'était génial. Sinon, nous avions de petits appartements comme tu les décris et finalement, je n'en garde que d'excellents souvenirs. Certes il n'y avait pas beaucoup de place mais justement, ça nous "forçait" à nous retrouver tous les 5, ce qui n'était pas si fréquent. Je me rappelle des jeux de société, des conversations, des promenades, des constructions d'igloo dehors et bien sûr, des journées sur les pistes à enchaîner avec mes frères et mes parents. Le pied! Alors tant pis s'il faudra faire des concessions, mais j'espère bien pouvoir emmener mes filles quand elles seront assez grandes! Mamerveille s'éclate déjà aux Pioupiou, j'espère que les 2 autres aimeront autant!

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  2. Oui c'est vrai que les vacances au ski sont onéreuses. Après comme le dit titcheur, je suis moi aussi partie dans des tout petits appartements (et à 7 en plus). Mais j'en garde un super souvenir, et mes parents aussi ( eux qui ont vu le côté organisation que ne voyais pas forcément à l'époque). La preuve ils y vont encore et s'entassent avec leurs enfants et petits enfants dans de tout petits appart.
    Mais il y a des moyens de réduire la facture aussi : prendre une location très tôt ou bien au dernier moment ( moins d'une semaine avant le départ ils font des moins 50%), choisir des stations pas trop chères ou qui ont des remontées mécaniques gratuites ( pour les enfants surtout petits cela leurs suffit souvent), acheter plutôt que louer le matériel de ski même pour les enfants (chez decat** ou dans les bourses ou même sur internet, tu achètes d'occasion pour l'aînée et ensuite, ils se le refilent, quand ça ne va plus, tu revends ( nous on a équipé l'aîné pour 30 € la première année de ski et la c'est la seconde qui s'en sert et on en a encore un derrière). Et puis pas de cours on fait skier nous même nos enfants, comme nos parents l'ont fait avec nous ( mon mari et moi on a pris des cours et fait de la compétition mais plus tard, plus grands et on partait les mercredis et samedis en groupe et c'était notre activité de l'année comme dautre font danse ou foot.
    Bref, même si je peux comprendre la nostalgie d'une époque révolue, c'est aussi une question de choix. (Des fois il vaut mieux un petit peu moins bien que parfait que pas du tout)bien que quand on a des enfants petits la logistique au ski est parfois plus lourde. ( mais nous qui vivons dans un endroit où il neige 2-3 mois dans l'année, je peux dire qu'au bout d'un moment ils se débrouillent même a 3 ans a peine).

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