samedi 5 mars 2016

Il y a huit ans, notre apprentissage du métier de parents.




Je suis tombée sur ces photos et j'ai eu envie d'écrire quelques mots.
Ces photos, ce sont des souvenirs de bonheur, qui ont presque 8 ans maintenant.
En juin 2008, trois semaines après la naissance de notre premier enfant, nous sommes partis de Paris, et, avant d'aller sur la Côte d'Azur dans ma famille, nous nous sommes arrêtés en chemin pour passer deux semaines dans le Luberon.



Ce petit voyage, je l'avais souhaité et prévu pendant ma grossesse. Je ressentais que, après la grossesse et ses milliards de doutes et de questions, l'accouchement, le tsunami de l'arrivée de notre premier enfant, les mondanités, la fatigue, les nuits hachées, les présentations du bébé à tout le monde, allaient certainement, même si nous avions hâte de montrer au monde notre merveille, nous peser un peu.
Je pressentais que toutes ces émotions risqueraient d'être un peu trop fortes et trop directes... nous empêchant peut-être d'avoir du temps pour nous, pour souffler.

Alors avec notre nouveau né, après la visite des 2 semaines chez le pédiatre et un petit contrôle rapide pour moi, nous sommes partis dans notre Twingo de jeunesse, direction, le sud. Sans nous inquiéter outre mesure, sans nous prendre la tête, sans nous angoisser avec quoi que ce soit.
Comme un voyage initiatique, pour avoir tout le temps de découvrir notre enfant, sans conseils de personne, sans bonnes (et moins bonnes) fées pour se pencher sur son berceau continuellement.
Jean-Chou et moi avions une envie très forte de découvrir notre métier de parents dans le silence et la sérénité, pendant une parenthèse hors du temps, et c'est ce que nous avons eu la chance de faire (il faut dire qu'avoir un bébé qui nait en mai facilite les choses)
Nous nous en félicitons encore aujourd'hui, dès que nous y repensons. Ce voyage nous a soudés.

Ces photos, ce sont les images du bonheur. Une espèce de dolce vita dans un gîte en vieilles pierres. La journée, nous partions visiter les villages perchés: Gordes, Apt, Bonnieux, Oppède-le-Vieux, Cucuron, Lacoste, Rustrel, Roussillon...  nous déjeunions en terrasse, nous allions nous rafraichir dans les églises, nous faisions parfois une dégustation de vin, une promenade en forêt, le sentier des Ocres... sans autre équipement que quelques couches, une bouteille d'eau, le porte-bébé... et mes seins.

Le reste du temps, nous tentions de faire des siestes en même temps que notre bébé, nous faisions un plongeon dans la piscine. J'ai réussi à lire "Madame Bovary" pendant ces deux semaines, par bribes, entre deux tétées, pendant les nuits blanches...

Il y avait des moments durs, aussi... les crises de pleurs qui n'en finissaient pas (merci aux murs de pierre d'un mètre d'épaisseur qui ont nous ont permis de ne pas nous faire détester par nos voisins), les fameuses "coliques" du soir, ces diners qu'on prenait parfois l'un après l'autre dans notre appartement, tellement accaparés par la découverte du fonctionnement et des besoins de notre nourrisson, incapables de la laisser pleurer dans son lit, viscéralement convaincus qu'elle devait être dans nos bras, et rien que dans nos bras. Cet appel à ma mère, pendant un moment d'épuisement, dont je me souviens encore parfaitement: à travers la vitre de la chambre, une grosse pluie tombait. Je pleurais, et lui disais "maman, jamais je n'aurais pensé que c'était aussi dur, je n'en peux plus, ça ne s'arrête jamais, je ne dors plus, comment je vais faire? Quand est-ce que ça va s'arrêter? ça devient plus facile, un jour?"

Je me remémore avec plaisir ces moments ou Jean-Chou et moi avons appris, calmement, patiemment, à devenir parents. Ou l'on se laissait, comme tous les parents débutants, trop vite agacer par la fatigue, trop vite remplir d'inquiétudes parfois inutiles, on discutait un peu trop longtemps lui et moi de ce que l'on devait faire, ou pas, pour répondre ou interpréter un pleur... mais on se laissait aussi envahir par cette vague d'amour, qui nous inondait continuellement, comme dans un mouvement unique de flux, sans reflux, et dont la puissance nous impressionnait, nous terrassait.
Nous déjeunions sur l'herbe, face à la piscine et à notre vieux mas, tenu par un couple de belges (qui s'extasiaient sur notre bébé, si minuscule!). Nous faisions des siestes tous les trois à l'ombre des arbres.

Ces moindres instants à s'extasier sur ses petits pieds, dont le gros orteil était si précisément séparé des autres, ses minuscules oreilles duveteuses, son odeur de lait et d'été, sa bouche délicate, ses grands yeux curieux, ses gestes hasardeux, ses bras ou ses jambes, quand elle était allongée, qu'elles lançait au hasard, sans aucune coordination. Ses petits geignements, tous ces bruits bizarres qu'elle produisait, ses longs pleurs qui me tordaient le ventre, qui me faisaient pleurer aussi, et me paraissaient être d'un niveau sonore ahurissant (alors qu'aujourd'hui, quand j'entends un nouveau-né qui n'est pas le mien pleurer, je trouve que le son est tout faible...), mes seins qui coulaient en même temps, comme réglés sur elle.

Je me rappelle avec nostalgie ces moments, symbolisant le commencement de notre vie de parents.
Depuis, nous avons eu d'autres enfants. Nous avons évolué, changé, progressé. Nous avons fait différemment, nous avons assoupli notre vision des choses, nous avons appris à être moins catégorique, à nous adapter. Nous sommes plus forts aujourd'hui, l'arrivée de nos enfants suivants a été, bien que bouleversante à chaque fois, peut-être moins éprouvante pour nos nerfs.
j'ai l'impression que nous avons acquis un recul, une assurance, une sagesse, dont je suis heureuse aujourd'hui.
On s'aime plus, Jean-Chou et moi, et mieux. On se laisse moins manger par ce qui n'est pas important, on se protège plus, individuellement, et l'un l'autre. On est encore plus ancrés dans le présent. Moins en proie à des sentiments négatifs liés à la fatigue parentale (se plaindre, se mettre en colère, lutter...), mais plus dans l'acceptation, la gratitude, la foi.
Profiter, parce que tout finit par passer... notre leitmotiv, c'est celui-ci.
Être parents nourrit notre couple. On se fait souvent la réflexion que la fécondité nous a pris par surprise: elle nous "élève" littéralement, en ce sens que nos enfants nous rendent meilleurs. Je crois que s'il fallait se trouver une "cause" qui nous réussit, c'est peut-être celle-ci: faire, et tenter d'élever au mieux nos enfants, nous rend heureux.

J'aime revoir ces photos, j'aime voir mon bras entourer mon bébé, dans ce geste universel et éternel de mère.
J'ai de la tendresse pour les jeunes parents que nous sommes devenus il y a huit ans, et un sentiment de plénitude et de satisfaction -allez disons le, de la fierté- en regardant le petit bout de chemin parcouru.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire