mercredi 23 mars 2016

Je ne veux plus de ces dessins



J'ai vraiment de plus en plus de mal avec ces dessins qui font le buzz, ces rassemblements, ces réunions d'hommages organisées à la lumière des bougies, au son de la douce voix de John Lennon, parce que nos fleurs sont bien plus fortes que leurs fusils (haha)

J'ai de plus en plus de mal à nous voir nous habituer à l'indicible, accepter gentiment l'inacceptable, à coups de "tenons-nous la main et tout ira bien"... Comme si le premier réflexe de nos dirigeants maintenant était non pas de prendre les armes mais de baisser les yeux en regardant leurs chaussures et en chantant des berceuses, nous encourageant à faire de même.




Les familles des victimes voudraient peut-être autre chose que des petites cérémonies impromptues organisées à la faveur du soleil couchant -c'est télégénique pour le reportage sur BFM- pour jouer de la gratte, la larmichette à l'œil, avec des enfants, coiffés de couronnes de marguerites, qui dansent au milieu d'un cœur géant dessiné à la craie pour implorer les forces du Bien contre celles du Mal, alors que les corps sont encore chauds.

Je pense que les français, les Européens, sont fatigués aussi d'entendre leurs hommes politiques adorés leur expliquer que "vous allez devoir vous habituer à vous faire bouffer petit à petit, on ne peut rien faire voyons, on n'est pas aussi sauvages qu'eux on ne va quand même pas avoir des règles plus strictes et oser se défendre, défendre nos valeurs' notre culture!"

Quand je vois Federica Mogherini pleurnicher comme un enfant harcelé par ses camarades de classe, je m'interroge: quand il s'agit de défendre notre civilisation, n'a-t-on pas besoin de véritables guerriers pour nous diriger, plutôt que des poètes ou des énarques ultra-sensibles?
Gengis Kahn, Jules César ou Napoléon n'avaient pas peur du combat, il me semble...

Je suis triste, mais plus encore, en colère de nous voir si mous et si dociles. Nous sommes très forts pour nous flageller, regarder toujours vers le passé, nous accuser d'être les responsables de ce qui nous arrive, trouver des excuses droitsdelhommistes à notre immobilisme lâche... (Les vierges effarouchées ont tellement peur d'être accusées d'islamophobie que ne rien faire et laisser ces malades s'exploser le bide dans le métro est "plus prudent" pour leur carrière politique!)
Et si au lieu de nous morfondre et de nous complaire dans cette fascination pour notre sort de victimes, on arrêtait de pleurer?
Quand on est au pouvoir, on ne pleure pas en temps de guerre, on agit pour défendre les innocents.

Mais nous sommes une société "évoluée", et nous devons apparemment supporter sans broncher ce -gros- revers de la médaille, cette force qui est évidemment aussi notre faiblesse: notre "tempérance".
Répondre au terrorisme dans un Etat de droit, la quadrature du cercle?
J'imagine que des solutions courageuses pourraient être trouvées... je veux dire, en plus d'éclairer la Tour Eiffel aux couleurs de la Belgique, ou de faire le tour du monde des slogans MissFrancesques "Je suis Paris", "je suis Abidjan", "Je suis Bruxelles", "je suis pour le bien et contre le mal"...
J'en ai par dessus la tête de cette mise en scène du malheur dans laquelle on excelle, cette photogénie de micro-trottoir, cette esthétisme masochiste de la douleur, cette passion de la petite frayeur consistant à se dire "han ça aurait pu être moi"!, ce journalisme parasite qui s'excite dès qu'un nouvel attentant est annoncé, et cette course aux audiences... Pathos pathologique!

Chacun, à titre individuel, réagit comme il peut, je n'ai ni raison ni tort...On a tous besoin d'évacuer et l'expression artistique est une technique comme une autre. J'ai moi-même écrit un texte suite à ma soirée du 13 novembre dernier. Je ressens juste un ras-le-bol très personnel face à ces réactions mièvres orchestrées dans un concert de violons, qui, prises isolément, ne sont pas problématiques en soi, mais qui, une fois mises en scène et utilisés par les médias, et récupérés par les dirigeants, donnent un piètre spectacle de notre Europe aux terroristes qui, pendant qu'on réajuste la petite couronne de fleurs sur le bel enfant blond qui lira un joli texte de paix face aux cameras, sont en train de creuser notre tombe.
Quelle image donnons-nous? Celles de personnes capables de combattre? Ne sommes-nous plus capables de raisonner, de prendre du recul? Sommes-nous des enfants, juste bons pour réagir à chaud, dans l'émotion la plus aveuglante?

A peine quelques heures après un drame scandaleux, un attentat sanglant, on nous intime déjà l'ordre, comme à des enfants, de retourner au calme, de sortir nos crayons et nos feuilles de papier, d'évacuer comme on peut, de retourner dans notre chambre et d'être bien sages. Les journaux nous ressortent même, comme des automates, les petits guides explicatifs pour bien expliquer les attentats-suicides à nos propres enfants, pour leur faire passer la pilule, oui papa ou maman ou ta petite sœur se feront peut-être décapiter ou démembrer par des islamistes radicaux (enfin surtout par des gros ratés infoutus d'avoir pu construire quoi que ce soit de leur pauvre vie et se réclamant, tiens c'est pratique, de la religion!), mais c'est la vie, mon petit chéri! La vie continue!
Il ne nous manque plus que la camisole chimique et on sera de parfaits moutons sous Tranxene!
Mais c'est la GUERRE, là... L'heure n'est pas à l'apitoiement ou à dessiner des aquarelles au cours de stages de développement personnel!


Alors c'est vrai.
Toutes les civilisations ont une fin, c'est vrai, détendons-nous après-tout... Vivons heureux en attendant la mort au lieu de nous ronger les sangs, il est bien là le message de nos puissants! Ce qui compte c'est que toutes ces ordures aient eu un procès équitable et soient correctement traitées en prison, qu'on nous diffuse des jolies campagnes de communication "contre toutes les discriminations" (sic) et qu'on puisse continuer à boire l'apéro en regardant couler le navire!
Tout le reste, affirmer les valeurs de l'Europe, oser ne pas tout accepter lâchement, être fiers de notre héritage, de notre culture, se battre pour que nos valeurs démocratiques et républicaines continuent à être défendues sur notre sol, et accessoirement que des innocents ne soient plus sauvagement tués par des barbares, par la force (eh oui il va bien falloir y penser), ça ne compte pas, ce n'est pas bien grave... on est "tolérants" est c'est bien ça le plus cool!


à lire: un très bon texte d'Erwan le Morhedec sur son blog Koztoujours, "Assez pleuré".

5 commentaires:

  1. comme je suis ravie de lire ton billet. Chacun y va de ressenti, et exprime comme il le peut ce qu'il ressent mais je pense surtout qu'il est temps pour nos dirigeants de se bouger le cul. De réagir,la guerre est déjà, que nous le voulions ou non, il reste à savoir si nous en serons acteur ou simple figurants.

    Je suis profondément choquée de ce manque de réaction, de ces mises en scènes niaises au possible.
    Le passé nous a déjà enseigné de ne pas nous laissé faire, et pourtant on dirait que la leçon n'a pas été apprise et comprise

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  2. Je comprends ton ressenti et ta colère, mais je suis partagée. Face à tout ce déferlement de haine, je crois que certains ont besoin de pleurer ensemble, de se rassembler, de partager avec d'autres, de tenter de mettre des images, des mots sur tout ca. Moi ça me fait du bien de pleurer et de voir des fleurs et des bougies. Par rapport à la réaction appropriée pour "éliminer" le terrorisme, je ne sais pas trop. Je me dis qu'on a généré toute une collection de tarés pour lesquels c'est fichu (reste à les trouver et les neutraliser ... facile à dire ...), charge à nous surtout de ne pas refaire les mêmes erreurs, en remettant fermement la religion à sa place (= la sphère strictement privée) et en menant le plus possible d'actions en faveur de l'accès à la culture / ouverture pour tous (c'est mon côté sûrement un peu utopiste mais je crois vraiment que c'est une vraie piste)

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  3. Merciiiiiiii Marine!!!!!
    Marjorie

    VOte for Marine!!!!

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  4. Entièrement d accord avec toi,!bon texte,qui exprime aussi ce que je pense.

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  5. Nous sommes déjà en guerre, la France bombarde massivement en Syrie et en Irak. Le combat qui se déroule en Europe et plus compliqué que de combattre une armée. Ce sont des individus rassemblés autour d'une idéologie tellement puissante qu'elle n'a pas besoin de groupe armée pour agir. Il s'agit d'une guerre d'idéologie. Et ces dessins sont notre arme. Nos ennemis ne se sont pas trompés sur ce point en assassinant en premier des dessinateurs.

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