mercredi 2 mars 2016

Mère au foyer, ce n'est pas un métier.


https://7alamaisonblog.wordpress.com/2016/03/02/non-mere-au-foyer-ce-nest-pas-un-metier/


J'ai lu sur un blog, tenu par une mère de famille nombreuse recomposée, et institutrice (et soeur de Marlène Schiappa, qui tient le -très intéressant- blog "maman travaille") un billet intitulé "non, mère au foyer, ce n'est pas un métier".

Étant mère au foyer, qui n'a jamais considéré que son statut était un "métier" mais un simple choix de vie, le ton clivant, docte et affirmatif de ce titre un brin aguicheur a forcément titillé ma curiosité. j'ai donc cliqué (je sais, le mercredi, je suis une faible femme).

Certains points sont tout à fait justes.
Mais il me fait tout de même un peu tiquer car j'y vois un vrai jugement de valeur.




En gros selon l'auteur, même si elle "respecte", entre les lignes on sent de la condescendance, de l'infantilisation pour ces femmes qui font ce choix, selon elles, de manière irresponsable (sans parler du message selon lequel ces femmes ne seraient pas intéressantes, ni ne véhiculeraient pas un exemple positif pour leurs enfants -sic-)

Et c'est marrant comme on part du principe qu'une femme au foyer est nécessairement analphabète, soumise à son mari, dans la pauvreté la plus absolue et sans aucun matelas financier lui assurant une indépendance (car travailler et avoir un "salaire" n'est pas spécialement la seule et unique façon d'être indépendant... et est-on réellement indépendante quand on est payée au lance-pierre et bien moins que son mari? A chacune de juger)
Quant au divorce, parlons aussi des maris de femmes au foyer qui y perdent un max financièrement quand elles les quittent (cela existe aussi): sont ils réellement plus libres?

Je ne crois pas qu'on soit tous obligés de concevoir l'engagement, le couple, la parentalité, que sous les angles négatifs tels qu'inégalité homme-femme, divorce, rupture, endettement, consommation, crédits, soumission, quête insatiable de reconnaissance sociale, points-retraite, etc. Le système CDI-metro-dodo-ambition-congés payés n'est pas nécessairement un Graal suprême pour tous.
Ou alors parlons aussi du cancer qui nous fauchera au bout d'un moment, et de la mort certaine qui viendra tout gâcher: et dans ce cas ne nous engageons plus dans rien! La vie est trop risquée!

On peut aussi considérer le couple et les choix de couple comme quelque chose, non que l'on subit inégalitairement (quand lutte des classes et clichés sur la femme, éternelle mineure, forcément victime et aliénée par son affreux mari, se télescopent ça donne des résultats bizarres), mais un projet de vie que l'on construit, à deux. Sous l'angle du choix éclairé, de l'équilibre, de l'esprit d'équipe, du bien être de toute la famille, du temps et pas seulement de l'argent, de l'éducation.
C'est un choix personnel, philosophique, avec des risques mesurés (et des systèmes de protection, prévoyance, placements financiers organisés au sein du couple et dont personne n'est censé connaitre le détail) qui n'a pas tellement à être jugé de extérieur.

Après, c'est sûr, il existera toujours des femmes soumises, malheureuses, dans la précarité la plus absolue, inconsciente et naïves, en dépression à cause de leur vie de couple, et, qui plus est, femmes au foyer... On peut s'amuser à ne retenir que cet exemple.

Il existe aussi des bonnes sœurs pas heureuses (mais bonne sœur, au fait, c'est un métier?), des jardinières qui se mordent les doigts d'avoir fait ce choix, des artistes (mouais, pas tellement un métier, si?) qui n'en ont rien à faire de tout ça, des banquières épanouies, des aventurières qui n'ont jamais été fonctionnaires mais sont tout de même heureuses (ironie), bref, des femmes dans toute leur diversité, qui font plein de choses au quotidien (sans forcément prétendre un peu prétentieusement apporter un truc énormissime à la société), chacune à leur façon, qui méritent le respect.

Je suis d'accord sur le message global de ce billet: ce n'est pas un métier. Même si je me demande quel est l'intérêt réel d'affirmer ça. sauf pour attiser un conflit entre femmes qui n'a pas lieu d'être, et en rajouter dans la caricature et la mauvaise foi (affirmer que les mères au foyer n'ont rien d'autre d'intéressant à dire que de parler du prix du jambon, si ce n'est pas un propos déplacé et gratuit...)
Je ne comprends pas bien le but, en fait.

Un peu comme de dire à une mère de famille nombreuse "recomposée" -alors qu'elle ne nous a pas demandé notre avis- qu'elle n'est pas comparable aux réelles mères de famille nombreuses (c'est juste un exemple, et c'est de bonne guerre)... ou à une professeure des écoles qu'en tant que fonctionnaire, on ne peut pas comparer son travail avec celui de quelqu'un qui travaille dans le privé. C'est une vérité, elle est dite... mais quel intérêt de la dire? Nous sommes tous différentes, le bonheur a de multiples visages, et heureusement, c'est ce qui fait le sel de la vie.

Je passe sur le fait que, avec toute l'admiration que j'ai pour les institutrices, elles me paraissent mal placées pour donner des leçons aux femmes qui travaillent dans le privé (avec un système moins adapté à leur vie de famille, peu de vacances, des horaires de cadre, etc...) et qui font le choix de s'arrêter (je ne connais pas le taux de femmes au foyer chez les enseignants mais il est certainement plus bas que dans la statistique nationale, et pour cause...)
Chacune fait comme elle peut (et comme elle veut!)

Alors, certes, être mère au foyer n'est pas un métier. Je suis absolument d'accord. Mais sous prétexte de "faire tomber un tabou", on en arrive à diviser les femmes entre elles, et à créer une sorte de hiérarchie, d'opposition, de comptage de score de la moins trimeuse à la plus méritante dans notre jolie société de consommation, qui me parait complètement inutile.
D'autant que, de nos jours, rien n'est aussi caricatural... la vie d'une femme peut être ponctuée de périodes de travail (payé), de pauses pour s'occuper de la famille, de travail à mi-temps... (celles-ci, on considère quand-même qu'elles apportent à la société, ou pas trop-trop tout de même?)... celle-ci est bien souvent entourée d'amies aux profils variés, certaines travaillant énormément, d'autres ponctuellement, certaines ayant beaucoup d'enfants, d'autres moins, certaines ayant des maris présents, d'autres moins... en tous cas, d'amies ne passant pas leur temps à se juger les unes les autres, ne se caractérisant pas en premier lieu par leur statut professionel ou statut INSEE, mais par leur personnalité et leurs liens affectifs.

Quel intérêt, alors, de tenir un tel propos? Parce que ça défoule? parce qu'il y aura toujours des gens qui, pour assumer leur choix et être bien dans leur vie, auront besoin d'enfoncer et discréditer ceux qui font des choix différents... au lieu d'utiliser des techniques positives?

Enfin, avec toutes ces argumentations (pfiou! ça fait fumer le cerveau!), je sens que je m'égare... je vais retourner à mes tableaux excel; je tiens un comparatif très précis sur le cours du jambon chez Monique Ranou, que je consigne chaque jour à heure identique (Tout comme mes courbes de températures qui sont analysées et classées dans un dossier juste à côté dans "mes documents" -d'ailleurs je dois prendre garde à ne pas les confondre-), et je constate qu'ils ont sensiblement grimpé ces derniers jours! elle est là, la véritable information!

Et au fait, un dernier mot... vous savez quoi? Faites au mieux pour vous respecter les unes les autres, être solidaires entre femmes et mères, plutôt que de réclamer de la reconnaissance comme un chien réclame des caresses, et vous tirer dans les pattes entre filles en faisant une compète sur qui travaille et qui ne travaille pas, qui a un vrai métier et qui a un faux métier, ou "qui apporte le plus à la société"... ("A tant fait pour le chiffre d'affaires de la société et donc pour la société, que dis-je, la patrie tout entière"... C'est moi qui aurait l'épitaphe la plus classe sur ma tombe! Na!)

Ah et puis encore une chose:
Et faites tout pour essayer d'être heureuse dans la vie, et avoir confiance en vous et en vos choix! C'est tout ce qui compte... Je vais vous apprendre un truc: personne n'aura de médaille à la fin...


 
"Aux grands hommes la patrie reconnaissante"... c'est sûr que je risque de l'attendre longtemps, ma place au Panthéon!


à lire aussi: Marine bobonne au foyer, et Jean-Chou, homme des cavernes.

6 commentaires:

  1. La femme au foyer qui compare sa journée à 8h en entreprise, a besoin de reconnaissance, et l'auteure de 7 à la maison aussi, on le sent bien dans son 1er paragraphe qu'elle souhaite aussi qu'on le dise qu'elle est formidable de reprendre un travail à l'extérieur avec une famille nombreuse.
    Bon sinon tu tiens un tableau de tes T° ? J'y vois un message … mais j'analyse peut-être trop lol

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    1. Nan c'est juste que je trouvais ça marrant de mettre sur le même plan dans un texte le cours du porc et mon ovulation.
      Bon après je ne suis pas maîtresse à 100% de mon inconscient 😉

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  2. Très intéressant! Merci pour ce regard fin et plein d'humour posé sur cette question.
    Cela soulève tant de sujets (philosophiques, je suis d'accord avec vous), notamment la question de la dépendance à l'autre, insupportable pour tant de personnes aujourd'hui. Dans un couple, est-il donc vital d'être indépendant l'un de l'autre? La définition du couple n'est-elle pas au contraire de s'appuyer l'un sur l'autre, de se faire confiance, de se "donner" l'un à l'autre, de construire ensemble? Ne suis-je pas "dépendant" de mon conjoint physiquement (pas envie de coucher ce soir… ça m'implique aussi), affectivement (si l'autre fait la gueule, cela entre en interaction avec mes propres émotions), dans l'éducation que l'on désire donner à nos enfants …. ? Est-ce vraiment un point négatif de "compter" sur l'autre, même concernant l'argent? Le sacro-saint argent échapperait-il à la mise en commun de nos vies? La même maison, les mêmes vacances, les mêmes enfants, le même lit, mais chacun ses sous?
    Quelle chance pour moi d'avoir le choix! Cela repose, me semble-t-il, sur quelques éléments nécessaires : que l'autre gagne suffisamment, qu'il n'écrive pas (ni ne pense!) le billet du blog en question, que soi-même on n'ait pas peur d'un brin de solitude, que l'on ait quelques ressources pour s'occuper (créativités diverses, implication bénévole…), de bonnes études évitent aussi un sentiment d'infériorité, et surtout, une philosophie de vie qui nous détache du regard de l'autre et fait intervenir une forme d'abandon (de confiance en fait: en l'autre, en notre couple, en nous-même - nous serons toujours cap de nous y remettre!- , en la vie)
    Et notre choix de couple ne m'empêche pas de porter un regard admiratif sur les mères qui optent pour l'autre solution, surtout celles qui n'ont pas même pas l'air débordées. Rien que d'y penser, perso, je suis épuisée.

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    1. c'est un sujet passionnant, la "dépendance". Je considère que pour réussir à s'épanouir en étant au foyer, il faut justement être indépendante. Pas au niveau du portefeuille, mais à un autre niveau: celui de l'indépendance d'esprit. Il faut pouvoir être bien avec soi-même, compter sur soi, avoir un caractère assez fort, avoir de l'estime de soi, et avec une vie intérieure assez riche (créativité, passions, etc).

      J'ai une maman mère au foyer qui m'a donné, avec mon père, un exemple d'intelligence de couple et de bonheur à deux très positif, ça m'influence certainement dans ce sens... je suis consciente que tout le monde n'a pas grandi avec ce modèle, et que pour certaines femmes, l'indépendance financière est une valeur primordiale, à mettre au dessus de toutes les autres.
      Là encore, on ne peut pas juger...

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    2. Oui, une grande force intérieure est nécessaire, tout à fait d'accord. Pour être heureux dans tous les styles de vie d'ailleurs! Surtout, éviter de choisir la vie au foyer par esprit de sacrifice. On "reste à la maison" parce qu'on aime ça! Je ne veux juger personne.

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  3. mince...je voulais Liker, Aimer ton article mais y'a pas la touche...vaudrait mieux que je retourne à mes fourneaux mes 3 têtes blondes ont faim!

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