vendredi 29 avril 2016

De l'importance du père







Être parent est un métier difficile.
En ce moment, avec nos trois petits, nous sommes pris dans un tourbillon quotidien.
Les plus grands grandissent, ont pris de l'autonomie, mais ont beaucoup besoin de nous. Les devoirs, les douches, les repas, les câlins, les grandes discussions sur la vie, la mort, la terre, les maisons de retraite, la composition des cailloux ou les tables de multiplication...
Notre petite dernière, est, vous le savez si vous me lisez régulièrement, en plein dans cette phase passionnante et éprouvante du terrible two. Cela doit faire un petit mois que les choses se sont accélérées: elle fait mille progrès chaque jour... et son caractère se complique au passage.





Cette phase-là, nous la connaissons, nous avons traversé peu ou prou les mêmes choses avec les deux premiers. C'est la période où la vie quotidienne est survoltée, complètement absurde parfois... ça commence vers 6h du matin, dimanche compris, avec un bib' à donner, un pot à vider, une couche à remettre, la serpillère à passer, le petit-déjeuner à préparer, le lave-vaisselle à vider... et ça se termine vers 20h, quand les enfants sont couchés.
(ah! et cette fameuse phrase "petits enfants, petits soucis..." qu'on entend tout le temps et qui ne sert à rien... serai-je moi aussi obligée de la dire aux jeunes parents, quand je serai mère d'ados? La petite enfance est pourtant physiquement épuisante, ce n'est pas une vue de l'esprit!)

Nous savons que notre petite fille a besoin, en ce moment, de tendre fermeté: beaucoup de fusion avec ses parents, énormément d'attention... mais aussi des règles strictes, un cadre, réaffirmés chaque jour.
Notre méthode, c'est celle-ci: nous refusons absolument les caprices en pleine nuit qui se terminent dans notre lit ("à l'usure"... nous lui avons fait comprendre, sans nous énerver, que, la nuit, elle n'aurait pas de câlins interminables de notre part, et que nous la remettrions systématiquement au lit, sans états d'âme). Nous refusons aussi les hurlements qui empêchent les autres membres de la famille de vivre normalement (faire les devoirs, manger calmement, etc).

Nous savons que nous lui en demandons beaucoup, que ce n'est pas évident à deux ans et demi d'être la seule à ne pas "être capable" de faire certaines choses, qu'elle a tellement envie de participer et d'apprendre, et qu'elle vit plein de petites frustrations... alors nous l'encourageons aussi énormément, nous la félicitons, nous la valorisons.

Son besoin de fusion est complètement compris de notre part, en revanche, il est épuisant pour nous, et nous sommes donc arrivés à ce constat: pour réussir à reprendre notre souffle, à laisser un peu d'air aussi pour ses frère et sœur, nous sommes dans l'obligation d'y mettre des limites claires... surement un peu plus claires et strictes que pour notre premier enfant (qui nous a certainement un peu plus mené par le bout du nez!)
L'ambiance est survoltée à la maison... c'est un mélange de règles militaires, et de joyeux n'importe quoi plus artistique. Nous sommes stricts sur certains points (avec nos différences, Jean-Chou et moi...), et cool sur d'autres.
C'est comme ça qu'on a fait pour les deux premiers, et c'est comme ça qu'on s'en est sortis.
On est sans cesse dans cet équilibre-là: ne rien lâcher, et donner de l'amour. Une main de fer dans un gant de velours. Oui, très Thatcher!

Je constate à quel point notre puce progresse, et comme, grâce à la consistance et à la fermeté de ses parents, ses cris en pleine nuit ont déjà, en une semaine, quasiment cessé. Grâce à notre endurance, elle a appris mille choses ce mois-ci: dormir sans ses barreaux, arrêter de hurler à 2h du matin, accepter de rester un peu au lit le matin sans pleurer quand elle se lève avant 6h. A sa demande, on l'aide aussi à commencer à devenir propre... et on trouve ça magique!)

On pense avoir trouvé une relativement bonne façon de faire... pas celle qui fonctionne comme par magie, mais celle qui nous permet de garder notre place d'adultes, d'avoir un peu de temps pour nous, pour notre couple.
Nos deux plus grands sont épanouis et cool, on se dit que la petite dernière suivra ce chemin.
 Les enfants prennent une immense place dans notre vie, et ça nous comble... mais pour notre santé mentale, et l'équilibre de notre couple, ils ne doivent pas prendre TOUTE la place. Il nous faut nos quelques minutes de temps-mort. Sinon, avec une famille nombreuse, on aurait vite fait de perdre les pédales, et notre sang-froid.

Avec trois enfants, aux besoins émotionnels, et intellectuels variés (quand on y pense c'est une partie vraiment fatigante... adapter son discours sans cesse à trois publics différents), je me rends bien compte que j'ai passé un cap dans mon organisation... (je rappelle que je n'ai jamais été quelqu'un de particulièrement organisé, encore moins maniaque) et même dans ma personnalité.
j'ai changé... j'ai moins de temps à perdre, pour tergiverser... j'ai l'impression d'avoir des décisions à prendre très souvent, beaucoup de choses logistiques à gérer...  Eh oui, on peut le dire: régulièrement je me fais penser... à ma propre mère! -aha-haaaaaargh- (mère qui est, au demeurant, fort géniale)


Je voudrais remercier Jean-Chou car c'est grâce à lui qu'on tient, que je tiens.
C'est grâce à lui que je tiens bon dans certaines limites que nous avons fixées... sans lui, d'épuisement, la tentation serait grande, parfois, de laisser couler, d'accepter, sur un des points exigeant constance et fermeté, une fois, deux fois, pour avoir la paix... et ensuite me faire piéger par cette solution court-termiste.

Il rentre plus tôt du travail, en ce moment, pour me récupérer souvent exsangue, et prendre le relais...
notre équipe fonctionne bien, et je lui suis reconnaissante de donner la première place à sa famille, d'avoir autant de plaisir à rentrer le soir, alors que parfois l'excitation est à son paroxysme (et ferait fuir n'importe qui!)...  
Je le remercie d'avoir conscience de mes difficultés de mère (vous savez, cette incapacité, parfois, sous le coup de la fatigue, à prendre du recul, à relativiser... ), ou de les comprendre si j'ai besoin de les lui exprimer... (il n'a pas encore le don d'ubiquité)

On a des tensions sur le sujet, mais rares, et souvent de courte durée, parce que grâce à son humour, à sa philosophie, elles sont vite désamorcées.
Je le remercie car on arrive de mieux en mieux à se comprendre (ah il en faut, du temps!)... en donnant beaucoup de son temps à l'autre, en ce qui concerne la vie de famille, on reçoit beaucoup en retour. L'amour, c'est pas mal de stratégie!

J'aime qu'il aille faire ses trails. Qu'il se lève à pas d'heure, ou qu'il parte un week-end entier courir, ne me dérange pas (enfin, tout doit rester mesuré, tout de même, héhé! les 170 km -sic!-de l'ultra-trail du Mercantour en septembre sont une bonne moyenne-haute!), car je sais qu'en retour il m'offrira plus de temps pour moi. Et inversement. Et ça se vérifie à chaque fois.
Il y a bien évidemment des moments de frustration... mais on fait chacun les efforts nécessaires pour que ces tensions ne se muent pas en colère, puis en aigreur... on essaie de rendre l'autre heureux.
Je ne veux pas devenir une mère en colère, une épouse dans la complainte, une femme qui s'oublie dans la maternité, une amante qui se laisse aller... Ces tempéraments peuvent être les miens, parfois, mais jamais longtemps, car je me fais horreur quand je me vois comme ça... Parce qu'on redéfinit régulièrement nos exigences, et nos priorités, ensemble... et qu'on en arrive toujours au même constat: on a une vraie ambition pour notre couple, et notre famille... et si tous les deux on est forts, et qu'on place toujours notre couple en haute estime, le reste ira bien.

J'adore sa façon d'avancer, sa capacité à remettre les choses à leur place, sa manière de me rebooster un peu, quand il le faut, son talent pour faire basculer une situation potentiellement conflictuelle vers le nonsense absolu, et donc, vers les éclats de rire... j'aime le regard qu'il pose sur moi, ce regard qui me permet de réaliser que ma façon d'être mère lui plait, que la famille qu'on a construite, qu'on construit jour après jour, patiemment, fait sa fierté, et que j'ai donc raison de m'accrocher.

Cette admiration mutuelle qu'on se montre, dans le couple, sur la façon dont chacun est parent, a une valeur inestimable: c'est ce regard de l'autre qui donne de l'énergie, la foi, l'envie de se lever chaque matin (et même parfois la nuit) avec le sourire... c'est ce regard qui me donne envie de faire avec lui des choses d'adultes. Sortir le soir, laisser les enfants, s'organiser des trucs un peu sympa tous les deux... (hiiii! bientôt je me déguise en fille, on a des soirées un peu sympa prévues sur la Côte cet été!)

Sans un homme en face de soi, élever ses enfants est un tour de force!


C'est ce regard qui donne du sens, en fait...
et une fois les enfants couchés, qu'on se retrouve, comme chaque soir, autour d'un petit apéro pour laisser la pression retomber, se parler, et profiter... c'est là qu'on se met à reparler de nos enfants, de notre façon de les éduquer, de nos erreurs, de nos progrès, de nos souhaits... prendre un peu de recul, faire un petit bilan, avant de commencer une nouvelle journée. Et c'est ce qui constitue nos plus grandes joies, dans notre couple parental.
Chaque soir on fait le point sur notre journée de parents... pour ensuite redevenir le couple qu'on a toujours été. Sans les oublier, sans vouloir naïvement et en vain "redevenir comme avant", puisque nous avons évolué et que nos enfants font partie de notre couple maintenant...


J'aime constater cette énergie dans notre couple... ces phases, ces cycles, constitués de hauts et de bas... Avec trois enfants, je pourrais dessiner, pour chacun, trois cycles, de quelques mois-années chacun, à peu près identiques.... des moments durs, des moments de grosse fatigue, des moments de découragement, des moments dingues, même... et des moments de retrouvailles, d'harmonie, d'équilibre retrouvé -allez, soyons fous, d'un soupçon de confort, même-, de rires à gorge déployée, de bonheur fou (celui qui donne envie d'être crié sur tous les toits!).

je trouve ça beau, avec le recul, cette énergie que peuvent avoir les jeunes couples, à nos âges... celle qui donne envie de déplacer des montagnes, qui permet d'avoir des nuits hachées, d'accepter l'épreuve de la grossesse, de patienter pendant les périodes parfois très dures pour les nerfs de la petite enfance, et même, d'être assez fou pour remettre ça et accueillir une nouvelle vie dans la famille.
(celle aussi qui nous a donné envie de réserver à nouveau des vacances cet été avec nos super potes, eux-mêmes dotés de trois minus... ça va remuer!)


Avec mes amies, on fait toutes un peu ce même constat... on a une forme de masochisme, à vouloir des enfants, à les désirer viscéralement, et à se battre en même temps, une fois qu'ils sont là, toutes un peu de la même façon pour garder un minimum d'espace pour respirer.
Cette pulsion de vie est vraiment puissante... c'est elle qui nous guide, c'est elle qui décide!
 C'est depuis peu que je prends un peu ce recul, pour m'apercevoir de ça: la vie est bien plus forte que nous.

Mais vraiment, les papas, vous êtes si importants.


(NB: il est évident que j'ai écrit tout ce billet sur jean-Chou et moi en croisant les doigts bien fort)

à lire aussi sur ce blog:
"quinze ans"
"Leur père"

2 commentaires:

  1. J'aurais bien dit "De l'importance d'un couple parental épanoui et en harmonie" (mais c'est sûr que c'est plus long) car ça marche dans les deux sens : de même, Jean-Chou ne serait sûrement pas un père aussi épanoui sans toi. Bref, c'est du gagnant-gagnant. Et c'est beau :-)

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  2. T'es dans ma tête Marine ou quoi!!!! merci de mettre des mots sur ce que je vis : même topo : fille 8ans, garçon 6ans, fille 2 ans (mais moi elle ne pleure pas la nuit!) alors j'ai quelques heures de sommeil en plus! à très vite pour que tu vides ma tête! bises Marjorie

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