vendredi 6 mai 2016

La maternité (version réaliste)






S'accrocher, tenir bon, serrer les dents, y croire, résister, patienter, essayer de prendre 2h pour soi, s'entretenir comme une sportive, essayer de dormir un peu par-ci par-là.

Ne pas trop ressasser, admettre que oui, c'est dur, que oui, on a le droit de se plaindre, que non, les hommes, même s'ils nous comprennent, ne vivront pas les choses aussi durement, même s'ils ont leur part de difficultés eux aussi, qu'on sera toujours un peu en décalage, qu'évidemment pour le couple c'est parfois la quadrature du cercle, que c'est beaucoup de frustrations, mais que ça va passer, je te l'assure.
Ne pas trop en vouloir à l'autre, essayer de rester positive car être optimiste, voir le bon côté des choses, ce n'est pas naturel, c'est un choix, une technique de survie. 




Oui je sais que parfois on a plus de hargne et de ressentiment et d'acrimonie en soi que de douceur et de tendresse à donner, qu'on déteste notre homme quand il nous fait remarquer qu'on se plaint trop, on aimerait qu'il soit Prince Charmant, qu'il nous sorte de là, qu'il nous sauve en toute situation, qu'il nous propose "un massage, chérie, avant ta coupe de Champagne, pendant que je leur donne le bain?" sans qu'on ait à le lui demander. Même si au fond on sait qu'il a raison, on se voit, on sait qu'on exprime trop de choses négatives, peut-être qu'on dramatise, qu'on psychologise trop, inutilement, qu'on fait trop la "fille". Et qu'on se déteste quand on se voit comme ça. Essayer d'avoir un peu de plaisir chaque jour, pour ne pas avoir la sensation d'être seulement dans un long tunnel de routine et d'enchaînement de tâches domestiques. 

Parfois on n'a pas tant envie que ça, le matin, de sortir du lit, quand on sait que la journée sera longue, avec les enfants à la maison, qu'il y aura beaucoup de couches à changer, des repas à préparer, plusieurs fois par jour, des miettes à ramasser, des jouets à ranger, le bain à donner. 
Ce bain, si magique quand on le donne pour la première fois à son nouveau-né, et qui finit par devenir une corvée.
Oui parfois on peut avoir l'impression que la maternité épanouie, c'est la partir émergée de l'iceberg. Que pour ressentir ces quelques instants de félicité, de plénitude, de bonheur, il faut en passer par 90% de frustration, de tâches répétitives, de réveils la nuit, de choses à répéter, de vêtements à laver, de pleurs à supporter.

Pas d'autres conseils ou de jolis mensonges à te dire parce que je te comprends, et que oui, c'est dur, c'est super dur, parfois on aimerait tout laisser en plan, tout plaquer et s'enfuir, juste pour pouvoir sortir la tête de l'eau, respirer et s'assoupir. Qu'on se renforce, qu'on s'endurcit, qu'on devient plus résistante, plus endurante (plus dure au mal?)

Il y a toujours un moment où on se demande "mais comment elles font, les autres? celles qui ont la pêche, celles qui ont le sourire, celles qui ont plusieurs enfants, celles qui ont retrouvé la ligne, celles qui travaillent, celles qui ne travaillent pas, celles qui sortent tard le soir, qui partent au bout du monde, celles qui ont un chic fou, celles qui ne sont pas chiantes avec leur mari, qui ont l'air de ne jamais s'écrouler de fatigue le soir en se couchant à côté de lui, celles qui ont l'air si cool avec leur bébé sponsorisé sur Instagram?"


On a toutes cette impression, un jour, d'être la seule coincée à la maison, avec un enfant malade, un autre qui pleure, un mari qui "s'éclate" au travail, pendant que le reste de la planète s'amuse, sort boire un verre avec des amis, fait la grasse matinée et publie sa jeunesse et sa liberté sur les réseaux sociaux.
On se revoit, il y a dix ans, vingt ans, et on se dit que notre petit copain de l'époque, il se marrerait bien, aujourd'hui, en nous voyant ressembler à notre mère, il nous trouverait un peu ridicule, de ne pas avoir été plus forte que nos grands principes de liberté et de rébellion, d'avoir laissé loin derrière nous la légèreté de l'adolescence.
Un jour on a toutes pensé qu'entre notre enfance, passée à respecter les règles de nos parents, et notre vie de jeune parent, passée à essayer de trouver un tout petit peu de temps pour soi, libérés des exigences de nos enfants, elle a finalement été assez courte, cette plage de liberté de nos années d'étudiante.

Et puis un autre jour, cette sensation est passée... ils ont un peu grandi, et on se dit que ça a filé tellement vite, on est fière, on apprécie plus chaque moment, on détecte l'harmonieux et le positif dans ce qui nous paraissait auparavant un fatras d'émotions négatives sans queue-ni-tête, et on se dit qu'il faut en profiter, et on dit même aux copines jeunes mamans "tu ne comprends peut-être pas que je te dise ça, parce que tu es fatiguée, tu n'en peux plus, tu aimerais qu'on arrête le temps quelques heures pour te laisser récupérer, mais profite, vraiment". 

On a un peu grandi, nous aussi, un peu mûri, on a un peu plus accepté le package, on a compris que la vie n'était pas qu'une succession de plaisirs, siestes et divertissements, et chez les autres non-plus.
 Que construire une famille était un long travail de jardinier: dans l'ombre, sur le long terme, labourer, planter, arroser, recommencer... pour qu'un jour tout fleurisse. On a compris que le bonheur est un long chemin, compliqué, et que ce sont toutes ces difficultés et ces épreuves qui donnent une saveur et une valeur si particulière à celui-ci. On apprécie plus la vue, du sommet d'une montagne, quand on a pris la peine de la gravir à pied, plutôt que de s'y rendre en quelques minutes par le téléphérique.

Et appeler les copines pour se rassurer... on est toutes pareilles.



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Mes "conseils" à une amie avec qui j'ai discuté une heure au téléphone, mère de trois très jeunes enfants rapprochés.

Le genre de propos qu'on ne dit jamais à une future maman, à une femme sans enfants. Le genre de description de la maternité version "réaliste", celle dont on ne se vante pas mais qu'on vit toutes, sans forcément se douter que la voisine qui a un grand sourire et plein de beaux enfants propres et bien habillés est en fait, juste, en train de se noyer.
N'est-ce-pas?

Ne pas lâcher, jour après jour.





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5 commentaires:

  1. On m'avait dit quand même que c'était dur d'avoir des enfants, surtout rapprochés... J'y croyais un peu moyen en me disant naïvement que, bien organisée, je devrais m'en sortir. Mouais. Je suis organisée mais tout de même, c'est rude. On ne fait que ça de la journée, ça devient presque aliénant de n'être plus qu'une maman et rien d'autre (ah si, femme de ménage et cuisinière aussi). C'est dur pour le couple aussi, de ne pas être dans le reproche ou l'envie de la liberté de l'autre (qu'on imagine bien plus grande qu'elle ne l'est réellement!). Et pourtant, on se plaint, on se plaint mais pour rien au monde on ne laisserait nos petits bouts qui, d'un sourire craquant arrivent en 1/4 de seconde à nous faire oublier les moments difficiles. Un bisou dans le cou tout chaud, un câlin serré de réconfort, respirer leurs cheveux qui sentent si bon le bébé... et c'est reparti! Et puis, dans les gros coups de blues, il y a toujours le switch... euh non, je veux dire l'appel à une amie! ;)

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  2. Merci tout simplement. Je n'en suis pas tout fait au moment où je relèverai la tête mais ça va venir, tu renforces mon espoir. C'est vrai qu'on se demande souvent comment les autres font. C'est vrai que souvent on ne sait plus très bien de quoi on doit profiter. Bon courage à ton amie (peut-être professeur d'anglais?)

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  3. Merci Marine !
    Ça dépeint plutôt (très) bien la situation !
    Ici les petits mecs ont 4 ans et 4 mois, je m'arrête à 2 pour ma santé mentale.
    A quand un post congé mat pour se remettre du congé mat ?
    Ah ce sera la reprise du boulot ?!
    Bon alors positivons, il nous rendent dingues mais on les adore !
    #Carpe diem
    #Faites des gosses
    #Peace and love
    #Courage à nous les mamounettes !
    #Le jour où mon mec portera le 3ème et l'allaitera, on lancera le 3ème !

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  4. Merci... J'avais grand besoin de lire ce genre de choses ce jour tant je le ressens... Besoin d'être comprise... J'ai versé une larme (de fatigue..)

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  5. j'adore c'est tellement vrai et oui j'en suis moi aussi au point de dire aux jeunes parents , "profiter ça passe si vite" mes 3 enfants ont 7 ans 5 ans et presque 2 ans !! pas toujours facile encore aujourd'hui mais avoir 3 enfants c'était mon choix et ma plus belle réussite! mais les réseaux sociaux fini pour moi ! la fille parfaite je la connais celle qui vient d'avoir un bébé , oh l'accouchement ???parfait! les vacances ? on part 3 semaines même pas fatiguée et le bébé il fait déjà ses nuits ahhhhhhh!!! je la deteste mdr

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