lundi 23 mai 2016

"Marie-toi et sois soumise" (de Costanza Miriano): mes réflexions avant lecture...




Je suis indécrottable: un peu alléchée par la lecture de quelques critiques sévères écrites contre ce livre -"un brûlot anti-féministe encourageant la violence conjugale, a censurer de toute urgence"- (les incitations à la censure c'est quand-même une méthode marketing hyper efficace!) j'ai eu envie de me faire mon idée par moi-même.

D'autant que je suis bêtement ravie de mon sort d'épouse, que je pense sincèrement que, alors que je n'ai jamais rêvé d'avoir des enfants, si je n'étais pas devenue mère, je serais finalement passée complètement à côté de ma vie, que je me suis mise à la couture, et que j'ai une rubrique "bobonne à la cuisine"! Je réunis donc quasiment tous les critères de la femme soumise, hé hé!



Parce que, ne nous voilons pas la face, je me suis moi-même mariée, que j'ai des enfants que je souhaite élever selon des valeurs ne correspondant pas forcément aux valeurs de consommation et de zapping actuelles, que, même si je suis libre, que je me bourre la gueule si je veux, que je claque la porte comme je veux, que je peux revendiquer tout ce que je veux, je peux -encore, à 35 balais?- me taper qui je veux (enfin, si Augustin Trappenard daigne vouloir de moi en retour) et que j'ai la chance d'avoir un Jean-Chou féministe, j'ai forcément fait le choix de renoncer à une forme de "liberté" (pour en trouver une autre, mais ça, je ne vais pas prêcher les convaincus).
Pour entrer, malgré ce qui peut nous être proposé aujourd'hui, dans un modèle que je souhaite durable et stable, donc, forcément, si on est honnête, et qu'on le veuille ou non, un peu traditionnel (bouh, le gros mot!).

Même si je pense vraiment qu'il y a mille façons de vivre une vie, et pas forcément une meilleure qu'une autre, puisqu'on finira tous entre quatre planches... il ne me paraît pas complètement foufou de réfléchir en toute sincérité à ma façon de voir la vie de couple dans la direction que j'ai choisie: celle du mariage et donc de l'engagement. Du choix de fermer des portes à des éventualités, des tergiversations, des fantasmes d'herbe plus verte ailleurs, pour vivre entièrement ma vie aux côtés de cet homme-là, faire des enfants avec lui, avancer, construire, se créer des projets. Ne pas vivre au gré des seuls sentiments, mais s'engager solidement et fidèlement avec un homme.
Du choix, non pas de se dire simplement "je t'aime", mais "je t'aimerai". Avec tous les avantages et les inconvénients de l'histoire. De l'envie de prendre une direction à deux, et tant qu'à faire, de l'assumer.

Le livre de Costanza Miriano, de ce que j'en ai lu pour l'instant, pourrait passer, superficiellement, pour un égrainage de clichés, de stéréotypes sur les hommes et les femmes, voire de fermeture d'esprit et de militantisme obtus en faveur du mariage hétérosexuel et rien d'autre... Du moins c'est la crainte que j'en ai eu au début (qui ne l'aurait pas, en lisant le titre?)

Je passerai sur les références à la religion catholique, qui ont eu l'air d'en effrayer certains... les valeurs du mariage chrétien ne me dérangeant pas une seule seconde, elles auraient même tendance, même si elles n'ont pas la première place dans ma vie, à m'inspirer au quotidien (là encore, ne pas oublier que la religion catholique, contrairement aux idées reçues, donne une grande liberté). Là encore, tout est affaire de cap, de direction, de valeurs, de réflexion que les époux ont sur leur conception de l'engagement... tout est possible, en suite, en pratique, et dans l'intimité du couple.


Je crois que le livre est plus nuancé que ça (je ne m'avance pas encore trop, je ferai un vrai bilan à la fin). Il me semble qu'il ne s'agit pas, pour l'auteur, de forcer la terre entière à se marier et à faire des enfants selon cet unique modèle... mais plutôt à donner sa vision du mariage, du courage de l'engagement... à ceux qui ont fait ce choix.
Je persiste dans l'idée qu'on peut vivre sa vie comme on l'entend aujourd'hui, que c'est une grande chance... et que le choix de se marier est un choix de liberté comme un autre.


Avec mes amies mariées et mères (à là différence de beaucoup de femmes malchanceuses sur terre, nous avons cette vie par CHOIX), malgré nos convictions et notre évident féminisme (oui les femmes et les hommes doivent avoir les mêmes droits et les mêmes possibilités!), malgré notre agacement quand on lit des propos stéréotypés sur les filles et les garçons, nous constatons aussi, dans nos discussions sur nos couples, que les éternelles différences hommes-femmes existent toujours...

Alors oui, quand le lis que Costanza Miriano pense que dans le couple, il y a une place pour la femme et une place pour l'homme... je grince des dents, parce que j'ai grandi dans une société qui nous a persuadés que nous étions, hommes et femmes, interchangeables et identiques.
Et puis je prends un peu de recul, j'observe notre couple... et je fais ce constat: oui, nous sommes complémentaires et dépendants l'un de de l'autre. Si l'un comme l'autre n'avions finalement pas besoin de l'autre pour avancer, à quoi bon se marier?

Je ne crois pas à une "place" précisément attribuée à l'homme et à la femme, je crois vraiment à l'organisation propre à chaque couple et à la liberté (c'est pour cela qu'un couple homosexuel ne me parait pas fonctionner si différemment, et que, pour moi, le mariage homo ne participe pas à la destruction de la valeur Famille, au contraire, même)... Mais là encore, en regardant franchement la situation de mon couple, et de ceux que je vois autour de moi, il y a évidemment des constantes (eh oui, ce sont encore les femmes qui font des enfants, allaitent, prennent le congé parental en majorité...)
Bon. L'auteur est aussi italienne, ce n'est pas un détail... le contexte est à prendre en compte. Quand je vais en Italie (ma belle-famille est italienne), pays très proche de la France sur bien des points, je ne peux pas ne pas voir les énormes différences culturelles, notamment sur le mariage et la famille, encore vus de façons très traditionnelles.
 
Nous partageons, mes amies et moi, les mêmes questions sur le mariage, la parentalité, les joies et les affres de la maternité, et leur corollaire un peu opposé: celui du message -mensonger?- qu'on vend aux femmes et qui crée pas mal de frustration si l'on ne s'en libère pas: "faites tout, soyez tout, faites tous les choix, ne renoncez à rien".

Tous les couples qui "fonctionnent" (c'est relatif, je sais...) et qui m'inspirent, autour de moi, reposent sur à peu près la même idée... très éloignée des discours actuels, le "je veux tout, tout de suite", et autres "si cet homme-là ne te convient pas, prends en un autre".
Ils reposent plutôt sur des valeurs d'endurance et de patience (ennuyeuses? pas si sûr...): les concessions, les efforts, une forme d'oubli de soi (une "soumission"?) pour le bien de l'autre, du couple, de la famille, et par répercussion, finalement... de soi-même. Et RÉCIPROQUEMENT. (Il est important, cet adverbe, sinon ça ne vaut vraiment pas le coup, et en effet, il vaut mieux fuir en courant)

J'ajoute que je suis aussi assez d'accord avec la vision de l'éducation défendue par l'auteur (une éducation proposant un chemin précis aux enfants, sans les laisser se perdre dans l'immensité du choix, très peu rassurante, mais en les guidant réellement, sans avoir peur de faire preuve d'autorité)


On verra si la lecture ce livre me fera hurler avec les loups... Me mettra devant mes contradictions... Ou si au contraire l'ironie devinée dans son titre tiendra sa promesse.
 C'est peut-être aussi un vrai torchon misogyne, et je ressortirai peut-être de cette lecture complètement rincée!
(J'en suis à la page 67 et, pour être honnête, je ne pousse pas encore de cris d'orfraie)

Quand je vois qu'un magazine comme "Elle", la contradiction-même, assez bon pour enfermer les femmes dans une conception de la féminité basée sur la consommation (et c'est à peu près tout), qui n'hésite pas à recommander la fellation comme ciment du couple, et promeut une pétition pour la censure d'un tel livre... Je me demande qui défend le plus la liberté.

Je vous tiendrai au courant de mes découvertes... Mais de ce que j'ai commencé à lire, il a déjà ce mérite: me faire réfléchir à ma vision du mariage (bon, vous vous en doutez, j'y réfléchissais déjà pas mal avant, hein)

(Apres "Sexpowerment", on est dans le grand écart littéraire et idéologique, là! -yoga helps-😅)



d'autres billets:

"Elle et moi, le début de la fin"
"Mais comment vous faites pour être catho?"


et mes critiques sur des essais sur le couple, le mariage, les valeurs familiales et éducatives... à relier plus ou moins à ce sujet...:

"Lettre à Hervé" d'Eric Sagan: Le témoignage d'un homme sur la découverte de son homosexualité.
"Sexpowerment" de Camille Emmanuelle (et pourquoi je n'ai pas aimé ce livre...)
"Richie" de Raphaëlle Bacqué
"tombée du nid", de Clotilde Noël, un témoignage sur l'adoption d'une petite fille atteinte de trisomie 21
"Le Monde d'Aïcha, luttes et espoirs des femmes au Yemen" (BD), d'Ugo Bertotti
"L'instinct de vivre" de Laetitia Lycke (sur le deuil périnatal)
"Catholique anonyme", de Thierry Bizot
"La Chair Interdite", de Diane Ducret
"King Kong Théorie", de Virginie Despentes
 "Qu'Allah bénisse la France", d'Abd Al Malik
"Le gout de la vie commune" de Claude Habib
"Et ils eurent beaucoup d'enfants", de Marielle Blanchier et Pascale Kremer
"l'Empereur, c'est moi", de Hugo Horiot
"La révolution du plaisir féminin: sexualité et orgasme", d'Elisa Brune
"Sociologie de la bourgeoisie" de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot
"Je t'aime à la philo", d'Olivia Gazalé
"Eloge de l'enfant roi", de Marlène Schiappa
"Mes alliances: histoires d'amour et de mariage", d'Elizabeth Gilbert
"Bringing Up Bébé", de Pamela Druckerman
"Un heureux évènement" d'Eliette Abecassis
"La fatigue physique et émotionnelle des mères", de Violaine Gueritault
"Naitre, de l'idéal de l'accouchement à la réalité de la naissance", de Erika Teissiere et Bruno Suarez
"La fabrique des filles, de Jules Ferry à la pilule", de Rebecca Rogers et Françoise Thébaud
"Mère et fils" d'Alain Braconnier
"Le conflit, la femme et la mère" d'Elisabeth Badinter
"vivre heureux" de Christophe André
(toutes mes autres critiques de bouquins sont à retrouver ici)

3 commentaires:

  1. J'aime beaucoup ton idée de photographier quelques pages; cela nous permet de nous faire une idée personnelle (bien que rapide, forcément) sur le livre. En l'occurrence, les extraits que tu as choisis sur la page FB ne me font pas hurler au scandale!

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  2. J'ai lu le bouquin (ainsi que celui sur les hommes) et je dois dire que, si je ne suis pas opposée à elle (tu soulèves très justement la notion de la liberté grâce au choix !), elle m'a quand même un peu fatiguée ! La multitude de conseils, l'ouragan permanent, elle donne l'impression qu'elle n'applique pas à elle-même ce qu'elle prône (enfin c'est le sentiment que j'ai eu). Et sa vision du mari jamais là mais à qui on doit donner toujours raison quand il a un avis sur l'éducation des enfants...ça ça me dérange, je vois plus le couple (y compris chrétien) comme une équipe qui va dans la même direction, de manière complémentaire. Je partage avec toi le fait que l'on sent fortement la culture italienne derrière le positionnement de chacun. Mon bilan : Constanza peut aussi débrancher ses doigts de la prise, que l'on voit comment ça fait quand elle est, elle, tout simplement parce que sur le fond, je partage pas mal de choses avec elle.

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    1. Je partage ton ressenti sur la forme: elle est un peu excitée, en fait un peu trop sur l'humour... Même si je trouve son style pertinent au départ.
      Ce qui m'amuse sinon, dans le fond.... C'est que, objectivement, pas mal de ses propos pourraient passer pour horriblement politiquement incorrects (la pire des audaces, de nos jours...), et que,
      Si je me pose deux minutes... En fait je partage pas mal de ses opinions.
      Ses points de vue sur l'éducation des enfants et le monde du travail me paraissent très justes.
      (Je vais lire celui destiné aux hommes pour compléter!)

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