dimanche 15 mai 2016

Nice et moi (quitter Paris, 7 ans après)



J'ai grandi sur une petite ville de la Côte d'Azur. Avec l'horizon pour repère, les volets s'ouvrant chaque matin devant la mer, l'école à quelques minutes en voiture en bas de la colline, le plongeon dans la piscine entre midi et deux avant de retourner au cours de maths.

J'ai vécu, étudiante et plus tard, presque 10 ans à Paris. Avec mon parisien de Jean-Chou, lui même très attaché à ma région, nous avons su forcer un peu le destin, et eu la chance que ça fonctionne, pour revenir quasiment au bercail.
 J'étais devenue le cliché de la parfaite petite parisienne, speed, stressée, et même un peu névrosée... mais je sentais au fond de moi que je me perdrais, si je restais dans cette vie urbaine à l'excès. Et surtout, ayant eu mon premier enfant à Paris, j'ai vite compris, en courant pour être à l'heure chez la nounou chaque soir pour apercevoir mon enfant quelques minutes avant qu'elle se couche, en voyant le ciel gris à travers la fenêtre de notre petit salon le samedi matin et en nous creusant la tête pour savoir comment s'aérer avec notre bébé pendant le week-end, en comptant les jours et en rêvant de manière absurde et disproportionnée à nos prochaines vacances comme seule façon de nous relâcher enfin et de supporter notre vie quotidienne, que ce n'était pas là et comme ça que j'envisageais la vie, la maternité, ni comme ça que je voulais élever mes enfants (d'autant que j'en voulais plusieurs)

A Paris, une fois que j'ai su que nous allions pouvoir redescendre sur notre Côte d'Azur chérie, je me suis prise à fantasmer: je m'imaginais déambuler au marché, sur le cours Saleya, en petite robette à fleurs, espadrilles compensées et cheveux aux vents, mon panier en osier sur l'épaule, entourée de ma marmaille, sentant bon la fleur d'oranger. Comme dans une pub du Petit Marseillais. Le retour aux sources de la parisienne en burn-out.




Cela fait 7 ans maintenant que nous vivons à Nice, et même si la réalité s'est imposée, que la vie quotidienne a pris ses droits, qu'il y a le travail, le stress, les questions, la fatigue et la circulation, comme partout... je peux dire que mon fantasme n'était pas très loin de la réalité.
Il faut avouer qu'ici, nous avons pu réadapter notre vie de famille et notre rythme de vie, je m'occupe de mes enfants, on a l'impression de moins courir après le temps (chose que jamais nous n'aurions pu faire à Paris).

Depuis 7 ans que nous sommes là, je crois qu'il n'y a pas un jour qui passe sans que l'on pousse un petit "ouf" de soulagement (comme mon père, parisien, installé dans le sud depuis 30 ans et des poussières, et qui ne s'en remet toujours pas le matin, en apercevant la Corse à l'horizon, en ouvrant ses volets).

 Nous sommes heureux ici, nous sommes éternellement amoureux de notre ville, qui a tant changé ces dernières années, qui est si belle et qui a tant de caractère.
Et je crois qu'après avoir vécu de longues (et belles!) années à Paris, ponctuée de régulières crises de manque (et le bleu? et la lumière? et l'horizon? et les cigales?) j'apprécie encore plus d'avoir eu la chance de revenir vivre ici.
Régulièrement on se demande pour quelle somme d'argent on serait prêt à "remonter" à Paris. La somme, mentalement, augmente, augmente... et notre réponse reste négative. Notre confort ici n'a pas de prix. On espère que cette question restera toujours théorique...

Je ne peux pas m'empêcher d'avoir ces petits flashes de lucidité, mêlant soulagement et besoin de se faire peur ("et si nous n'avions pas eu la chance de quitter Paris? comment irait notre couple? Combien d'enfants aurions-nous pu avoir? de combien de petits mètres carrés aurions-nous pu être propriétaires, et pas intra-muros, évidemment?").

J'aime toujours, et j'ai aimé Paris, la plus belle ville du monde... mais la quitter était une évidence.
Quand on y retourne, c'est à la fois une joie et un petit fardeau... on l'aime, mais on aime encore plus en repartir.
Aujourd'hui, sur la plage, en mai, en juillet ou en février, les bras nus la plupart du temps, avec la vue sur les montagnes enneigées derrière nous, j'ai toujours en tête, pendant que je passe de la crème sur les visages de mes enfants, et que je les laisse se tremper dans la méditerranée, que si on n'avait pas fait ce choix et surtout eu cette chance, on serait peut-être, à l'heure qu'il est, en train de changer à Châtelet, ou d'avoir un bureau donnant sur le périph (en écrivant ces mots, j'ai d'ailleurs la mémoire de l'odeur caractéristique du RER qui me revient à l'esprit)

Dans la cour de l'école des enfants, il y a des palmiers, et on se bat, à la sortie des classes, pour trouver un peu d'ombre en discutant entre parents. Dès le mois de mai, alors qu'ils reviennent presque tout juste de leurs week-end au ski dans les stations alentours, les élèves ont déjà tous les gambettes bronzées. Ils ont avec l'école des stages de tennis à l'extérieur toute l'année, et de voile au printemps.
A la halte-garderie, on vient de me rappeler de ne pas oublier le petit maillot, la casquette et la crème solaire pour ma dernière.

Ils ne sont finalement pas rares les jours où je déambule au marché, avec les enfants, la peau bronzée, les cheveux éclaircis par l'été, subjuguée par les beautés de ma ville, toujours la tête en l'air pour admirer les paysages, la mer d'un côté, la montagne de l'autre, l'architecture (LES architectures!), mêlant quartiers médievaux, haussmaniens, Turinois (version comté de Savoie) et Art-déco.

Je suis sous le charme des multitudes d'influences que l'on retrouve dans cette ville portuaire méditerranéenne, ouverte aux quatre-vents: les restaurants, les artistes, les gens, les parisiens expatriés, les gens du cru, les touristes... le monde entier s'y mélange et l'alchimie fonctionne.

Loin des clichés, cette ville est passionnante, riche, forte, fière, et nous nous y sentons chez nous. C'est chez nous. Même s'il y a des aspects négatifs, et qu'il y aura toujours des gens pour râler et ne pointer du doigt que ce qui ne va pas.

Ce week-end, comme régulièrement, on a eu 24h sans enfants, juste pour nous...
l'occasion de recharger les batteries, de boire des mojitos, de découvrir un restaurant merveilleux, Les Garçons,  tenu par des bretons installés ici depuis 2 ans, de faire une petite grasse matinée (jusqu'à 8h!), de faire du vélo sur la Prom' au soleil, d'aller à un atelier de yoga ashtanga exceptionnel chez Mysore Factory, animé par une super prof, franco-américaine tout droit revenue de Suisse, mère de 4 enfants, danseuse professionnelle, cascadeuse et prof de yoga depuis peu...
Quand on a du temps tous les deux, on aime tellement profiter encore plus de notre ville, l'arpenter et la découvrir... en incluant le sport dans nos journées, comme un réflexe, car Nice, contrairement à Paris, nous a fait redécouvrir la vie saine et healthy, faite de yoga et de rando, trails et autres balades au grand air, un peu à la Californienne, par certains côtés.

Dans quelques temps nous allons changer d'appartement; quitter notre petite colline préservée (bon, et la piscine...), sur laquelle nous avons passé de belles années, pour un peu plus d'espace, une vie plus citadine, où on fera beaucoup plus de choses à pied (et avec trois enfants, je commençais à ne plus supporter de prendre la voiture pour tout...), où on profitera plus des bars, restos, où nos enfants pourront, en grandissant, être plus autonomes, prendre le tramway, où l'on pourra sortir avec eux plus facilement le soir, aller au festival de Jazz, voir les feux d'artifice sur le port...

J'adore ma ville, j'y ai mes repères, j'y croise souvent une connaissance, et je ressens en même temps la liberté, l'anonymat et l'indépendance offerte par la grande ville. J'aime vivre dans une ville touristique, j'aime voir le regard éberlué des touristes, celui qui me rappelle, si je l'oubliais, que je vis dans un endroit magnifique, le même que j'aimais déjà observer sur les visages des visiteurs, à Paris, et enfant, dans ma petite ville de la Côte d'Azur, à la frontière italienne.

On ne sait pas de quoi l'avenir sera fait... mais pour l'instant, et depuis déjà 7 ans, Nice, c'est la maison.

Voici quelques photos.
En levant la tête...



















































































































Esther Fantys, Mysore factory, Yoga ashtanga et Pilates. (crédit photo: Jan Fantys)


à lire aussi: la page Nice, nos restos préférés.
et Nice, idées d'activités en famille dans la région

 

2 commentaires:

  1. C'est vrai que ça donne envie et tes photos sont juste merveilleuses. Je me demande parfois combien de temps nous tiendrons à 5 dans notre appartement parisien que nous adorons. Car nous adorons notre vie parisienne. Nous avons la chance d'habiter un quartier proche de la Seine et où il y a beaucoup de parcs pour que les enfants puissent courir. Nous faisons tout à pied et adorons notre petit village où nous avons toutes nos habitudes. Mais voilà, à 5 dans 80 m2, à un moment il faudra partir. Et nous savons que nous n'aurons jamais les moyens de nous payer plus grand intra muros... On se posera alors les bonnes questions! ;)

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  2. Bonjour Marine, je comprends ton retour aux sources puisque tu étais parisienne d'adoption. Je vis dans l'Essonne dans une grande maison, au calme mais proche de tout et je ne me vois pas vivre à Paris avec des enfants. La banlieusarde que je suis le restera. J'aime Nice et ses alentours où nous venons chaque année en vacances. La mer, plus de soleil et de chaleur, c'est une chance. Je crois comprendre (me trompe-je?) que tu ne travailles plus ? Mes amies cannoises (ou dans le coin) travaillent toutes et vivent la course contre la montre, le stress, les bouchons. Comme les Franciliens. Pour le reste, c'est piscine, plage, ski à Valberg. ;-)

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