samedi 2 juillet 2016

Mare Nostrum. Retour au pays natal.




Quand on a grandi près de la Méditerranée,
 qu'on a vu son papa, tous les matins, le regard émerveillé, ouvrir les volets face à l'horizon,
qu'on a plongé son regard, chaque jour, en prenant son petit-déjeuner avant d'aller à l'école, dans un bleu différent.
Qu'à l'aube, l'hiver, les jours de grand beau temps, on y a souvent aperçu se découper le mirage de l'Ile de Beauté,




quand on a été bercée par le chant des cigales de juin à septembre, et par le celui des crapauds le soir,
quand on a séché la cantine pour aller manger une pizza sur la plage avec les copains, qu'on a eu l'habitude, dès le mois de juin, d'étendre les serviettes de bain sur les porte-manteaux de la classe à 14h, et de plancher sur le devoir d'anglais les cheveux encore mouillés et la peau toute salée,

quand, du printemps à la rentrée, on a passé un nombre d'heures incalculables au Club de Voile, l'été pendant des stages, mais aussi avec l'école, car la voile faisait partie du programme du cours d'EPS.

Quand, adolescente, chaque dimanche d'hiver, on s'est levée à 5h30 pour retrouver les copains dans le car, et aller surfer et skier toute la journée, retour à la maison à 20h,

Quand nos sorties scolaires de fin d'année, c'était les Îles de Lerins, Marineland, ou une rando vers le magnifique et plus haut village perché du littoral en Europe, Sainte-Agnès.
Quand les classes vertes de tous les petits élèves du coin se déroulaient à Saint-Martin Vésubie, pour faire une semaine de poney en montagne en dernière année de maternelle (et qu'on apprend d'ailleurs que nos propres enfants feront la même chose!)

quand on entendait les touristes nous demander, le plus sérieusement du monde, pourquoi on partait en vacances, alors qu'on donnait l'impression d'être en vacances toute l'année.

quand on a fait un petit plongeon chaque semaine entre copines, au soleil couchant, après le cours de danse du vendredi soir dans la mer juste en face, qu'on a révisé le bac en maillot de bain, qu'on a grignoté des cerises devant Roland Garros, assise (toujours en maillot) sur le carrelage frais, les cheveux mouillés, pour essayer de se rafraichir.

quand on a eu la chance de faire quelques brasses chaque midi en rentrant déjeuner à la maison, et idem à 17h,

quand on a le souvenir de kermesses sous un soleil de plomb, de l'heure des mamans sous les palmiers, de nos peaux presque noires sous nos justaucorps rose pâle le soir du spectacle de danse,

quand on a aussi en tête les noms des monts, sommets du Mercantour, petits villages perdus, chapelles secrètes avec leurs ex-voto et leur style baroque flamboyant, au fin fond de la Vallée des Merveilles, arpentés le week-end en famille, avec nos sac-à-dos.

Quand la rentrée des classes ne changeait pas grand-chose, si ce n'est qu'avant de foncer dans l'eau et mettre le masque et le tuba, en septembre, il fallait faire à nouveau ses devoirs et ranger ses cahiers.
quand on a fait du ski nautique, vers 20h, l'heure où la mer est d'huile, avec son papa, les soirs d'été sur son Zodiaque,

Quand on a pris le Ferry pour la Corse quasiment chaque été,
qu'on a rempli d'innombrables sachets avec la lavande du jardin, en guise de devoirs de vacances.
Quand le jour où le chant des cigales prend fin est un jour triste et nu, nous signifiant, par son silence et son vide, symboliquement, la fin de tout un été.

Quand on a lu et relu "Martine en vacances", juste pour observer l'illustration du mois de septembre, si exotique vu d'ici... avec cette Martine bizarrement accoutrée d'un manteau, d'un bonnet, de chaussettes et de chaussures fermées.

Quand, après des voyages, en France, au bout du monde, au paradis... on a toujours eu, malgré tout, un immense plaisir à rentrer chez soi, longer la côte en avion, deviner sa maison sur les collines, plonger quasiment dans la mer en atterrissant à l'aéroport de Nice.


Quand les bords de la Méditerranée ont été à la fois le décor spectaculaire du théâtre de notre vie, un personnage principal qui nous a accompagné partout, mais aussi le spectateur fidèle et silencieux de nos émois...
  On a des crises de manques régulières en vivant loin de sa région d'origine.

L'attachement au pays natal, à ses racines, où qu'elles soient, est universel... je crois qu'on a tous en nous cette envie d'ailleurs, puis paradoxalement cet appel viscéral, ce besoin presque animal, après être allé vérifier que l'herbe peut-être aussi verte ailleurs, mais pas forcément plus... de revenir aux sources.


Pendant mes années parisiennes, j'en ai eu souvent, des crises de manque... et le ciel transparent? et l'infini de l'horizon? Et depuis sept ans que nous sommes revenus, je savoure chaque jour passé près de Notre Mer, et aussi de nos montagnes... intensément.

























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