mercredi 6 juillet 2016

Une mère (en vacances)


"Domestic bliss", Susan Copich


Vous hésitez entre ajouter une sixième heure de sommeil dans vos 24h en faisant une petite sieste... Ou vous préparer à manger? (Je croyais que ça valait juste quand on avait un nourrisson, mais des années après, j'y suis encore...)

Vous n'avez trouvé, comme créneau pour vous épiler, que le lundi soir à 23h?

Entre une soirée apéro-resto-festival de jazz, pour votre anniversaire, et retrouver votre lit avec un bon livre en éteignant les lumières à 21h, vous connaissez évidemment votre préférence, mais vous n'osez pas trop le dire, de peur de passer pour un bonnet de nuit mormon au régime, abstinent et dépressif?




Vos enfants vous parlent tous en même temps au petit-déjeuner et vous ne savez pas par qui commencer?

Vous passez un coup de fil important, en même temps que vous changez une couche, attachez un enfant dans le siège-auto et passez l'aspirateur? (Là vous êtes quand même très forte)

Vous avez l'impression de bien vous en sortir la plupart du temps, on vous dit même souvent "quel courage!", mais parfois sans crier gare vous vous effondrez tout simplement de fatigue?

Quand votre fils vous tend, à la sortie de l'école, le dernier jour avant les vacances, son cartable, sa peau de banane et sa casquette, vous avez juste l'impression d'être, à ses yeux, un objet hybride entre le porte-manteau, la poubelle et le distributeur à lingettes? (Il ne vous reste plus qu'à pondre 10 Kinder surprise par jour et vous deviendrez son idole absolue et il n'aura plus jamais envie de quitter le nid)

Vous regrettez presque la pression qu'on vous mettait dans votre ancienne boîte, vu comme votre petit tyran de 2 ans et demi, en terme de stress et de surmenage, agit sur vous comme un véritable consultant senior chez Akceinture ou Capgémimi?

Vous avez l'impression de devoir faire le grand écart, pas toujours facile, entre votre rôle de mère, de ramasseuse en chef de coquillettes et de sergent-instructeur pour culottes-courtes, jamais assise plus de 2 minutes sur sa serviette à la plage (et encore, juste sur une fesse, prête à bondir), et votre envie d'être une femme, une vraie, sexy, calme, lascive, docile et maîtresse de la situation à la fois, troublante et magnétique, alanguie dans ses draps de soie, moulée dans sa robe fourreau (du genre de celles des chanteuses canon des "Brigitte", vous voyez?), la moue boudeuse tartinée de gloss, une coupe de champagne entre les seins, pour accueillir votre prince charmant, comme tous les soirs après un bon bain moussant et, après lui avoir susurré, avec le regard faussement inquiet de la séductrice sûre de ses charmes (et qui a du temps devant elle, elle!), "et mes fesses, tu les aimes mes fesses?", lui sauter dessus en lui arrachant sa cravate (sans penser au courrier A/R à envoyer au syndic, à la pulpe de tomates qu'il faut racheter, ni à l'épilation non-finalisée de lundi dernier, tricheuse!)?

Quand vos enfants sont tous enfin endormis, que vous avez enfin 5 minutes pour vous détendre, ouvrir une bouteille de rosé avec l'être aimé et étrenner enfin le dossier de votre canapé (vous n'y pensez jamais, en temps normal, à vous y allonger entièrement...), vous êtes finalement prise d'une furieuse envie d'aller vérifier une dernière fois qu'ils n'ont pas trop chaud, qu'ils ne transpirent pas trop (clairement, qu'ils respirent encore), et, malgré vos courbatures partout, vous vous surprenez, à chaque fois, à fondre de tendresse en regardant leurs petits corps tout potelés, leur visage d'ange posé sur l'oreiller?

Il vous suffit de laisser vos monstres chez les grands-parents une nuit, de vous retrouver enfin en tête-à-tête, de profiter d'une petite virée à la plage tranquillement, de vous prélasser 5 minutes avec un livre (bon, maintenant que j'ai séché au soleil en une minute, je suis censée rester allongée sans rien faire combien de temps? j'ai perdu l'habitude, moi!), d'avoir la perspective de n'avoir à vous lever de votre transat que pour aller prendre une douche (le tunnel 17h/20h bain-devoirs-diner-dents-histoire-coucher vous parait bien loin...), vous enduire de crème après-soleil à la fleur de tiaré, revêtir votre plus jolie robe bustier, dans le simple but d'aller siroter un mojito bien chargé (toujours vos vieux réflexes, pas de temps à perdre, une bonne cuite est une cuite rapide!) puis d'enchainer sur un resto sur la plage, avec éventuellement la possibilité de vous coucher après minuit sans que ça vous crée des bouffées d'angoisse... pour vous regarder, votre chéri et vous, et envisager l'idée avec lui, que quand-même, on est bien, là, mais notre but dans la vie ce n'est pas non plus de passer tout notre temps les fesses dans un transat à lire le programme TV et attendre l'heure de l'apéro, non?... on aime bien les nouveaux projets, au fond... on aime bien quand ça remue, on aime bien sortir de sa zone de confort, hein chéri? Et si on le faisait ce petit dernier, finalement? C'est tellement beau de construire une famille...
(petit conseil personnel et gratuit pour mon lectorat: attention au déroulement de la fin de la soirée... notre famille s'est systématiquement agrandie après qu'on a vidé le mini-bar de la chambre d'hotel)


Ne paniquez pas, même si vous vous trouvez régulièrement complètement perchée, pleine d'ambivalences, dans les montagnes russes émotionnelles, la plus heureuse au monde (franchement, on vit les plus belles années de notre vie, non?) et au bout du rouleau régulièrement (franchement, on vit les années les plus épuisantes de notre vie, non?)... vous n'êtes pas folle, non, vous êtes juste... une mère!
(voire pire: une mère en vacances).


Bon courage à toutes, bonnes vacances, que je vous souhaite faites de repos... et parce que je suis réaliste, faites de mouvement, d'énergie, et de plein d'autres choses encore!
que les éléments vous soient favorables!

(et parce que je suis ouverte d'esprit, je souhaite la même chose aux papas qui se sont reconnus dans ma description)



Florence Foresti store (hiiii! moi je l'ai, ce t-shirt!)


(bon en vrai je vous souhaite de bonnes vacances mais ça ne changera pas grand-chose à mon rythme d'écriture ici, je viendrai publier des billets régulièrement)

à lire aussi: "la maternité (version réaliste)"

2 commentaires:

  1. Bonnes vacances !! Épuisé le tee-shirt, comme moi ! Il m'irait drôlement bien pourtant.
    Merci pour ce bon billet encore une fois !

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  2. Mère de 3 enfants dont le dernier à 18 mois, ce que tu racontes ici me parle tellement, c'est incroyable ! J'appréhende un peu les 5 futures semaines de vacances qui vont être tout sauf reposantes à moins d'un miracle ! Bonnes vacances à toi !

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