mardi 30 août 2016

Des vacances françaises




 Je n'ai pas beaucoup ouvert mon ordinateur cet été...
depuis les évènements du 14 juillet, qui n'ont eu lieu qu'il y a un mois et demi, j'ai l'impression qu'il s'est passé une vie...
Cet été a été intense: dur, et revigorant à la fois.




Le choc a été difficile à encaisser, cette impression d'être toujours un peu poursuivie par les attentats...mon mari en 95, qui était dans le RER précédent celui de l'attentat de saint-Michel... Le Bataclan près duquel j'ai passé la soirée, cachée dans un restaurant avec mes amies, à 200m des fusillades... puis Nice, mon chez-moi, cet endroit où, dans un système de protection psychologique qui a volé en éclats, je m'étais persuadée que j'étais en sécurité... et cette population laissée traumatisée, dans ce petit coin de France un peu excentré.
J'ai conscience que partout en France, la réaction n'a pas été la même qu'à Nice. Le bureau de Jean-Chou donne directement sur le lieu du drame. Un de ses amis restaurateurs sur la Prom' a assisté à la scène, à l'indescriptible. Il a vu son restaurant réquisitionné pour servir d'accueil d'urgence psychologique aux familles des victimes. En face, dans la boite de nuit, c'était un hopital de guerre improvisé. Au dessus, il faut imaginer le traumatisme des milliers d'habitants des immeubles donnant sur la Prom', et qui ont vu, sous leur balcon, les corps gésir toute la nuit, et jusqu'à 14h le lendemain, sous des bâches. La directrice de l'école nous a envoyé un mail rapidement pour prendre de nos nouvelles, et savoir si certains de ses élèves avaient perdu la vie.


Je me suis fait suivre par une psychologue par téléphone grâce à une association. j'ai eu besoin de prendre du recul, de voir comment les autres, ceux qui n'étaient pas aussi proches des évènements, réagissaient pour m'inspirer d'eux.
 Dans cette ambivalence entre l'impression de ne pas être légitime pour me plaindre (mes proches et moi allons bien, alors où est le problème?), et cette angoisse qui commençait à m'handicaper sérieusement. J'ai eu besoin de puiser auprès des proches inspirants leurs petites méthodes. Un ami Libanais qui vit à Beyrouth, bien plus "habitué" que moi, m'a fait relativiser. D'autres, français, que le drame a bien moins touchés que moi, car plus éloignés géographiquement, ou plus doués pour se distancier. Jean-Chou, qui a réagi plus "froidement", malgré notre histoire commune et son traumatisme quand j'étais coincée près du Bataclan, à 1000 km de lui...malgré (ou grâce?) aux évènements similaires qu'il avait vécus en 95, qui l'avaient peut-être un peu plus préparé...

En à peine un mois et demi, j'ai fait un très grand chemin... moi qui me suis toujours placée du côté de la Vie, après avoir traversé, comme tout le monde je crois (je suis si prévisible...) les différentes étapes du deuil aussi précisément et conformément que possible au graphique sur le sujet qu'on trouve n'importe où sur Google (du pain béni pour un étudiant débutant en psy, hu hu), après avoir ressenti la douleur, la colère, la haine, l'incompréhension, la résignation, puis une forme d'apaisement, et même de douceur... j'y ai repris gout.

Grâce à Jean-Chou, à mes proches, à mes enfants... et un peu grâce à moi-même aussi, en me mettant un petit coup de pied aux fesses chaque matin pour avancer, en me désabonnant de tous les sites d'info sur les réseaux sociaux, en me protégeant de l'esprit négatif à outrance, en choisissant quand et comment m'informer (modérément et efficacement) au lieu de me faire gaver au goutte-à-goutte d'info anxiogène en continu, en continuant à me confronter à la vie au lieu de me cloitrer et de finir par avoir peur de tout. En essayant de prendre de la hauteur.

Fuir Nice a été salutaire... je ne m'en sentais pas capable au départ, mais relever la tête, couper le robinet des pensées morbides, respirer un grand coup et prendre du recul sur les statistiques en essayant de vivre au mieux chaque instant m'a fait un bien fou.
Et c'est en forgeant qu'on devient forgeron... au début, sur cette magnifique plage de Pornichet, je trouvais ça un peu incongru, un peu artificiel, de faire des châteaux de sable et de mimer un sourire de mère et épouse épanouie... et puis jour après jour, (merci Jean-Chou, merci Ingliche Titcheur, merci tendrépoux et merci à nos 6 enfants réunis -qui ne nous ont pas laissé de répit, et ce n'était pas plus mal-), en à peine une petite semaine, je me suis mise à rire à nouveau pour de vrai, à arrêter, chaque matin au réveil, d'avoir peur que mes enfants se fassent égorger sur le chemin de l'école, à apprécier comme je savais pourtant si bien le faire le chef-d’œuvre de la vie, des enfants qui vont facilement de l'avant (eux), de l'océan, des mille et un projets, et du petit verre de blanc avec les fruits de mer, des diners entre amis, des couches à changer et des bébés à consoler. Ce qui, somme toute, occupe bien l'esprit et aide à quitter des yeux son petit nombril pour se reconstruire.

Cet été, après avoir un peu pleuré et beaucoup parlé, j'ai eu besoin de me retirer, de me couper un peu du monde, de ne plus trop réagir, communiquer. De me retrouver avec moi-même, de me cacher un peu pour lécher mes plaies dans la pénombre. De faire silence. Cette petite période animale, un peu sauvage, me parait, avec le recul, assez saine, finalement.
Et je la vois aujourd'hui comme une couche d'expérience qui s'est rajoutée à mes 35 années vécues. Un truc en plus. J'en ai toujours douté, de ma solidité... mon hypersensibilité a souvent été ma croix... mais je crois que je peux l'affirmer: je ne suis, peut-être, pas si mauvaise pour faire de mes faiblesses une force. je n'en mettrai pas ma main à couper... mais je vais peut-être y arriver.

En un mois et demi, j'ai voyagé dans mon pays d'amour, j'ai cherché sur les visages des gens les mêmes traumatismes que les miens, et j'ai constaté que tous n'avaient pas été marqués comme moi. Ils m'ont malgré-eux adressé ce message: c'est possible de continuer. J'ai vu des endroits magnifiques, j'ai découvert la plage de Sainte-Marguerite, j'ai passé du temps entre amis dans une maison surplombant une petite crique de l'Océan Atlantique, j'ai inscrit les enfants au kids club de Saint-Marc-sur-Mer, la plage de Monsieur Hulot... j'ai fait du yoga dans l'herbe avec Titcheur, j'ai mangé des crêpes, fait des balades sur la superbe Côte Sauvage, j'ai vu Pornic, Guérande, j'ai été époustouflée par le Parc du Puy-fu-Fou, j'ai avancé dans mon bouquin ("La Petite femelle" de Philippe Jaenada, un bijou d'humour, d'ironie, d'esprit et d'intelligence), j'ai vu des Châteaux, Chambord, Chenonceau, Chaumont-sur-Loire, j'ai réfléchi un peu à l'Histoire de France, j'ai pris environ 700 photos avec mon reflex (les quelques photos illustrant mon billet ont été prises avec mon modeste iphone) mais je n'ai pas encore pris le temps de les charger sur mon ordinateur, j'ai aimé encore plus chacun de mes enfants et mon mari. j'ai profité de ma Côte d'Azur, visité mon nouveau quartier, marché à nouveau sur la Prom' (avec moins de mélancolie), fait nager les enfants, profité de la piscine de la maison de famille pour faire des bains de minuit, écouter les cigales, et m'isoler dans mon cocon encore un peu, jusqu'au dernier jour...
J'ai aussi envie de redonner sa place à ce qui peut être parfois méprisé, et qui pourtant me semble avoir une grande importance pour avancer: la légèreté, la futilité.

Accessoirement, nous avons aussi terminé les travaux de notre nouvel appartement, déménagé il y a 10 jours, nous luttons depuis 3 semaines pour que notre petite dernière se remette à dormir la nuit et accepte l'idée d'aller se coucher, Jean-Chou s'apprête à partir, vendredi, courir 145 km pendant 2 nuits et 2 jours pour l'Ultra-Trail du Mercantour, on doit aménager l'appart, trouver acquereur pour notre frigo américain qui ne rentre pas correctement dans notre nouvelle cuisine (j'avais fait mes calculs mais oublié de réfléchir, hum hum) (d'ailleurs, vous savez comment me contacter si ça vous intéresse...) et après-demain c'est la rentrée, CE2, CP, et Petite Section. La routine, quoi.

J'ai l'impression de finir l'été sur les rotules, épuisée... mais toujours et à nouveau dans la construction de projets, de notre vie de famille, de notre nid, de notre vie. Un épuisement qui a du sens, et qui remplace l'abattement. Ah et puis on vient de réserver notre prochaines vacances, celles de la Toussaint. Car celles-ci n'étaient qu'un galop d'essai finalement.

AVANCER.










 






























































































Certainement d'autres photos bientôt, dans un prochain billet, sur les différentes étapes merveilleuses de notre séjour exotique en Loire-Atlantique, Vendée et Pays-de-la-Loire.


pour aller plus loin (ou presque):

un lien envoyé par une de mes meilleures amies:
Le podcast du Gai Savoir sur France Culture:"Montaigne: philosopher, c'est apprendre à mourir".

et relire un billet que j'avais écrit sur un ton léger, fin 2015: "recommencer à sourire après les attentats: mes trucs et astuces"
 

http://www.dargaud.com/bd/Legerete
"La légèreté", Par Catherine Meurisse, dessinatrice chez Charlie-Hebdo. Un livre dont j'ai entendu des éloges.


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