mercredi 14 septembre 2016

Femmes


modigliani


 Je suis belle, je suis mince, je souris du matin au soir. J'ai fait le petit dernier un peu sur le tard. Chaque matin je cours en accompagnant les grands à l'école, ma queue de cheval blonde se balance sur mes épaules. Je suis enviée, et je le sais. Ce weekend mon mari m'a annoncé qu'il pensait vouloir me quitter pour une autre. Le mois dernier nous avions signé le compromis de vente pour notre nouvel appartement, plus grand, plus lumineux. Même quand je pleure, je souris.




J'ai 4 enfants, je cours tout le temps. Mon mari travaille beaucoup à l'étranger. Je suis une mère célibataire à temps partiel. Le weekend je les emmène en balade, au caté, voir les copines. Le mercredi c'est piano, anglais, danse. Je gère mes semaines comme une machine, en mettant du mieux possible mes besoins de côté. Parfois, je m'assois sur mon lit et je craque, je pleure comme une madeleine, une petite heure, avec l'impression de ne jamais pouvoir m'arrêter, je tombe, je tombe, je n'arrête plus de tomber. C'est mon exutoire à moi! Ça me fait un tout petit peu peur, parfois je me demande si je ne devrais pas demander de l'aide. À partir de quand est-on folle? Les autres mères vivent-elles ça, elles aussi? Mais finalement j'arrive toujours à m'en sortir toute seule, à me remettre les idées en place et à me remuer. C'est grâce à mon orgueil. Et à mon éducation. Surtout, ne pas trop s'écouter! La vie est dure pour tout le monde! Je crois que je vais quand même plutôt bien. Et puis c'est mieux ça que d'être alcoolique! Certains me disent que j'ai de la chance d'avoir du temps pour moi. Et c'est évident que j'ai beaucoup de chance!


J'ai fait le deuxième très vite pour donner un petit frère à ma première. Profession libérale, c'est compliqué pour moi le congé maternité. Je rêve d'un troisième. Mais comment trouver du temps? Pour eux, pour moi? Le grand va déjà chez le pédopsy... De toutes façons je crois que je ne vais pas tenir longtemps avec cet homme-là. Je ne sais pas pourquoi, je m’essouffle. Est-ce la maison? Trop de boulot? Les enfants? On verra qui dégringolera le premier. La vie me parait si longue parfois... vais-je pouvoir la passer entièrement avec le même homme? Mais comme on dit, ne pas regarder le sommet de la montagne, penser plutôt au prochain pas à effectuer. A chaque jour suffit sa peine.

Je viens d'accoucher du troisième. Je suis heureuse de vivre à nouveau ce bonheur. Quand je quitte mon bébé quelques heures pour m'occuper des deux grands, je rêve de son odeur de lait un peu rance, mêlée à la transpiration de son petit cou. Quand je suis en voiture, sans lui, j'ai l'impression de sentir, par vagues, cette odeur de petit animal dont je suis folle. Lorsque je m'approche de la maison, il m'arrive même d'apercevoir, comme dans les bandes-dessinées, le fumet qui se dégage de son petit corps tout chaud, et qui s'échappe par la cheminée. Mes seins coulent, mon t-shirt se trempe de lait. Mes doigts se resserrent sur le volant, impatients. J'imagine son odeur de brioche, de petit pain à l'huile d'olive, dans lequel je vais croquer. Mon cœur palpite. Je suis droguée.


Le père de ma fille m'a quittée. Enfin, je l'ai quitté (il l'avait un peu cherché). On s'entend bien, encore mieux même, depuis qu'on vit séparés. Il vit dans l'hémisphère Sud à présent. À croire que plus on s'éloigne, et plus ça va. Peut être que lorsqu'il s'installera en Australie, ou en Afrique du Sud, on sera des parents plus complices que jamais. Merci Skype!


Mon mari rentre tard. Toujours tard. Tous les soirs. Ça me va, j'aime bien avoir mon petit sas de décompression moi aussi quand je rentre du boulot. Le bain-le dîner-l'histoire-les dents- le coucher, tout est une question d'entraînement. Parfois j'aimerais pouvoir relâcher, prendre des RTT, me faire bichonner. Ô, luxe suprême, qu'on me prépare à manger. Juste une fois, ne pas avoir à penser saucisses-jambon-purée, kiwi-petit-suisse-5-fruits-et-légumes-frais.


Mon mari est cadre. Cadre sup.'. Quand il est en vacances, il est beaucoup trop rivé à son smartphone. Mais face à la mer et aux palmiers, et pas face à l'imprimante et à la broyeuse à papier. 
C'est dépaysant, c'est ce qui fait toute la différence. Le bruit des vagues en fond sonore pour répondre par mail au N+2, c'est tout de même mieux! Son petit plaisir: enregistrer chaque été le message d'accueil de son répondeur avec le bruit des cigales. Ça fait enrager ses collègues!


Je suis amoureuse. Toujours amoureuse. Le père de mes enfants m'agace parfois, me fatigue, beaucoup. Ses semaines le harassent, la preuve, il n'entend pas le petit dernier pleurer au milieu de la nuit. Il regarde trop souvent la télé le weekend, et moi je sors seule avec les enfants, au parc, au ciné. Ça ne m'amuse pas tous les jours, c'est un peu la corvée, mais autant avoir plaisir à se retrouver ensuite. Il ne se rend pas forcément compte de tout ce que je fais, et alors? Lui aussi a son lot de difficultés, et de soucis. Le week-end je sais qu'on va faire l'amour comme des fous. Sur le canapé, le pouf, le carrelage. Devant The Voice, Gaspard Proust ou le canal football club. Avant de dîner. Et même encore une fois après. Plus ça va et mieux c'est. Quand je suis fatiguée, je me motive intérieurement... Allez, l'appétit vient en mangeant! Et je ne le regrette jamais après. Plus je prends de l'âge, et plus je prends mon pied. J'ai trente deux ans, je ne sais pas jusqu'à quand ça s'arrête de s'améliorer. Je suis curieuse.


Il faut que je maigrisse avant cet été. Quatre kilos, ou même un peu plus. Je me suis remise aux abdos. Au footing. Mais tout de même, un petit Ferrero rocher... Ce soir j'ai prévu un bon rosbeef, accompagné de pommes de terres sautées maison. Et un petit bordeaux dont il me dira des nouvelles. Je pense à la plage. En position assise, c'est sur que j'ai encore deux ou trois bourrelets. Je me lèverai un peu plus tôt demain pour courir un peu plus longtemps. Et quelle galette vais-je acheter? Frangipane ou briochée? Les enfants aiment bien les petits fruits confits... Et je ne suis pas la dernière non plus. Même si j'adore aussi l'amande sucrée. Mais stop. J'ai collé sur le frigo la photo de Bar Refaeli. De Christy Turlington. Et de Jade Lagardère enceinte, pour bien me motiver. Je n'y arriverai jamais. Allez, je commencerai mon régime le lundi d'après.


Je suis divorcée. Les enfants sont en garde partagée. Au début, pendant ma semaine toute seule, je restais bloquée des heures sur mon canapé, un peu comme un animal trop longtemps gardé en captivité, qu'on aurait relâché sans le préparer. C'est aussi grand que ça la liberté? Par où commencer? Comment procéder? À quoi ça sert? Depuis, je retrouve le mode d'emploi, tout doucement, de la vie de célibataire.


Je suis enceinte, je suis terrorisée. J'ai peur de l'après, j'ai peur pour mon couple. J'ai peur pour mon corps, j'ai peur pour l'aîné, j'ai peur de mon passé, j'ai peur des qu'en-dira-t-on. J'ai peur financièrement, j'ai peur de me tromper, j'ai peur de mal faire, et de n'être bonne à rien. J'ai peur d'être une mauvaise mère, et puis qui sait, je serai peut être, aussi, une mauvaise grand-mère? J'ai peur de la mort, mais aussi de la vie. Des microbes. Des maladies. J'ai peur de ressasser, j'ai peur d'avoir peur. Et puis une fois que j'ai scanné toutes mes peurs, que je les ai bien remuées, bien mélangées, bien toutes imaginées et visualisées, qu'elles m'ont bien épuisée, que j'en ai fait une bonne confiture bien mijotée, j'angoisse un peu moins et je peux commencer ma journée.


Mon deuxième a un problème au cœur. Le cardiologue est super. Comme je me le dis souvent pour me rassurer, c'est un problème mé-ca-nique qui a une solution tech-nique: une valve à remplacer, un trou à combler. C'est tout simple en fait, on me l'a bien expliqué. Je pense à mon cousin dont le fils à une vraie maladie, lui. Quelque chose de grave, d'incurable. Ça, c'est vraiment dur.
Mon tout petit, il a un an, il va avoir une cicatrice grande comme ma main. Opération à cœur ouvert...il y a quelques risques. Mais les statistiques sont encourageantes. Il ne pèse même pas dix kilos. Il s'essouffle beaucoup, transpire tout le temps. Depuis qu'il est né, je ne dors plus. Allez la vie continue. Ça va bien se passer! Ça ne peut QUE bien se passer.


Le matin, je reste clouée au lit. Je n'ai pas dormi la nuit précédente, comme depuis quelques semaines maintenant. Je suis enfin enceinte, je vis le rêve que toute femme peut souhaiter. Mais je n'ai plus envie de me réveiller. Plus ce petit étranger grandit en moi, plus mon énergie diminue.
Je connais maintenant la définition du souffle de vie, cette chose indéfinissable et qui fait la force et la pérennité du règne animal: je comprends ce que c'est, car je ne l'ai plus. Si je pouvais me laisser crever, je le ferais. Je ne sais pas ce qui m'arrive. Je me trouve affreusement banale, pire: épouvantable, pas digne d'être aimée.
C'était trop beau, ça ne durera pas. Il me quittera, me laissera toute seule avec ce bébé que je ne connais pas, que je n'aime pas. Je n'y arriverai pas. Toutes les autres font quelque chose de leur vie, sauf moi. Pourquoi il reste? Par pitié? Par obligation? Ah, si seulement je pouvais noyer tout ça, l'enfouir bien au fond! De l'alcool, des médicaments, n'importe quelle substance qui me permette de m'oublier un peu, d'arrêter quelques heures mes pensées, de me laisser dormir! Mais je n'ai droit à rien, c'est à peine si une petite tisane douce m'est conseillée. Alors, grosse et immonde, les yeux écarquillés par le manque de sommeil, je me plonge dans les livres par automatisme, pour fuir.
Et puis je me relève, je m'habille. Les dents bien serrées, je souris, j'entends "que tu es belle!", "que c'est beau une femme enceinte!", et je tiens mon rôle au mieux. Je ne sais pas ce qui m'arrive, j'ai une vie idéale, sur le papier.
Après les obligations sociales, je retrouve mon lit, pour tenter une sieste éveillée. J'ai les poings serrés, j'ai envie de mordre le drap, de me faire mal, de crier, mais rien ne sort, même pas un pleur. La nuit arrive et le combat avec moi-même recommencera. Demain, et après-demain, et encore après. Il faut que je tienne jusqu'à l'accouchement.
Qu'est-ce qui me retient? J'ai peur de faire une connerie.


Je suis cette fille parfaite que certaines envient, jalousent, voire maudissent. Je suis plutôt pas mal au naturel, j'ai un mari super sympa, j'ai des enfants photogéniques. On part en vacances en famille à Ibiza, à Noël en Thaïlande. Je suis celle qui énerve, qui a le ventre plat sans faire grand-chose. Mes enfants sont lookés, un petit style Kennedy-Jacadi. Je ne sais plus qui disait "Quand on est fatigué du style, on est fatigué de la vie", je ne suis pas en désaccord avec cette conception.
Entre mes deux enfants, j'ai vécu deux grossesses, toutes deux soldées par un échec: par deux fois, au bout de cinq mois, j'ai accouché d'un bébé mort.
La grossesse idéale, le projet de naissance idéale, soigneusement rédigé pour le personnel médical, l'accouchement idéal, la déco de chambre idéale, la baby-shower idéale... j'avais tout prévu.
Aujourd'hui, lorsqu'un passant me croise dans la rue, entourée de ma petite marmaille, de mon petit mari, j'entends parfois un "profitez", ou un "vous avez tout!". Je pourrais leur parler de la tête du gynéco pendant la deuxième échographie, et pour ces deux grossesses-là. Je pourrais leur dire mon état psychologique pendant ma dernière grossesse, que j'ai finalement réussi à mener à son terme. Ou des larmes de mon mari, de notre détresse, des explications qu'il fallait trouver pour notre premier enfant, ou des réactions de l'entourage, ou même de comment j'ai cru que j'allais, tout simplement, perdre la tête.
J'aime le théâtre, mais je n'aime pas en faire trop: alors je ne leur dis rien, je leur réponds par un sourire. Un jour on se retrouvera, mes deux petits et moi, et je chéris ce moment en pensée. Et puis je passe mon chemin, je passe le temps, je m'occupe des vivants... J'aime mes enfants. Mes quatre enfants.


On vient d'acheter notre premier appartement. On y a mis toutes nos économies, avec un emprunt sur vingt-cinq ans. Même si on ne peut plus tellement partir en vacances, on est heureux de pouvoir dire enfin "c'est à nous". Pouvoir repeindre les murs dans la couleur de MON choix! J'avais tellement insisté! Au début, je me souviens, j'avais acheté le tissu pour les rideaux. Chaque mois, je me suis offert un petit plaisir. D'ailleurs, vivement le mois suivant pour que je puisse changer ce canapé. Et une fois que ce sera fait, je parlerai à mon mari de la mode des parquets repeints en blanc, que j'ai découverte sur Pinterest. Il faut absolument que je repeigne ce parquet en blanc. Je ne sais pas pourquoi, j'ai eu le coup de cœur en visitant... mais aujourd'hui ce sol me sort par les yeux. Il faut que je lui en parle. Il y a aussi cette cuisine, et cette salle-de-bains. Ce serait mon rêve d'avoir une douche italienne. Je sais qu'il trouve que ça fait trop, trop pour la première année. Qu'on a le temps, que ce n'est pas le plus important. Mais personnaliser sa déco, c'est tellement important! C'est faire son nid, c'est un besoin humain vital! Je pense qu'il pourrait comprendre à quel point c'est important pour moi!
Alors oui, c'est du travail, de chiner, de chercher des imitations qui fassent "authentique", et d'avoir un intérieur original, avec, par exemple la petite peau de mouton trop mignonne sur le fauteuil à bascule Eames, la déco d'inspiration nordique, la suspension en origami... en gros, un intérieur qui ne ressemble à aucun autre!
Depuis quelque temps, je tourne un peu en rond. Mon mari m'a demandé de ralentir un peu sur les achats, alors ça me poursuit la nuit! J'alimente moins mon blog en avant-après, c'est un peu frustrant. Entre deux phases de sommeil, je me surprends à réaménager la buanderie, à déplacer les meubles dans ma tête... il ne le sait évidemment pas, mais la dernière fois qu'on a fait l'amour, je pensais à l'orientation du banc en teck qu'on allait installer dans le jardin. Sud? Sud-est? Puis on a changé de position et ça m'est sorti de la tête juste à temps.
Mais là depuis quelque temps, j'en ai un peu marre, aussi. Mon mari passe ses week-ends à bricoler, à faire des choses pour la maison. Poser des joints, c'est bien, mais quand-est-ce qu'il m'emmène en week-end? Depuis quelque temps, on dépense plus dans les charges trimestrielles que dans des billets d'avion!
J'ai toujours eu la bougeotte, je ne me suis jamais sentie aussi bien que dans les aéroports... allez c'est décidé, quand je le sentirai réellement prêt à m'écouter, je lui parlerai de ce projet, de ce rêve qui me rendrait vraiment, vraiment heureuse: partir faire un tour du monde, prendre une année sabbatique. Elle est mignonne notre petite campagne à une heure de Paris, mais je commence à m'en lasser. Ça fait tout de même bientôt un an qu'on a emménagé! J'ai vu un compte Instagram qui m'a donné le déclic: on va vendre, arrêter de construire notre propre prison, et à nous la liberté! (J'attends juste la livraison de notre tête-de-lit, prévue pour dans cinq semaines, et j'en parle à mon homme.)


Je ne suis pas à la mode. Je m'occupe de mes enfants. Pour faire le raccourci tant attendu, je n'utilise pas mes neurones. Je prépare des petits plats et je lis Madame Bovary. Je fais les courses et j'écris. Je me promène et j'imagine des histoires. Je vais chercher mes enfants à l'école et j'observe les gens. Je mouche, essuie, torche des fesses, et je vis. L'un n'exclut pas l'autre. J'élève des personnes en devenir et je trouve le sens de la vie.
Chaque petit geste du quotidien, j'essaie de le faire bien, avec tous mes sens. Je fais travailler mes mains, mes doigts. Ils ont soif de créer. Je couds, je dessine, je fabrique, je trafique. Je coiffe, je caresse, j'embrasse. Je plante, je sème, je cueille, je sens, je renifle. J'écoute, surtout le silence. J'essaie d'aimer un peu mieux mon homme chaque jour, comme il le fait aussi, et quand je plante quelques carreaux de chocolat dans une morceau de baguette, ce n'est pas qu'un gouter, c'est de l'amour. Je n'allume pas la télé.
J'ai plusieurs personnages dans ma tête. Je sais que je suis un peu sur ma planète. Un peu différente. Je suis satisfaite. Pas dans l'expectative, pas dans l'attente. Je n'ai pas particulièrement hâte de partir en vacances. J'ai ce qu'il me faut. J'apprécie chaque journée de ma vie. Car viendra bien un jour où une galère nous tombera sur le coin de la tête.
L'autre jour, pour la première fois depuis longtemps, j'ai poussé les portes d'une église. Je voulais parler à un prêtre. Je lui ai dit: "J'imagine que les gens viennent principalement vous voir quand quelque chose ne va pas dans leur vie. Moi c'est l'inverse: J'ai tout ce qu'il me faut, bien plus que ce que j'aurais pu espérer. Souvent je me pose la question, et je constate que je n'aurais rien besoin de plus. J'ai un mari qui me rend heureuse, des enfants qui vont bien, des amitiés solides, une vie enrichissante, agréable et non-routinière. Quand on me demande ce qu'on pourrait me souhaiter pour la nouvelle année, je n'ai envie de rien de plus en particulier. Simplement, de continuer à avoir la chance de vivre ces petits bonheurs. En fait je viens vous voir parce que depuis quelque temps, j'avais envie de dire merci, et je ne savais pas trop à qui. pourtant c'est important de savoir remercier.
Et puis regardez-moi, avec ma petite vie toute simple, toute traditionnelle: je ne fais pas de grandes choses, j'élève simplement mes enfants du mieux que je peux. La reconnaissance sociale ou le pouvoir sont le cadet de mes soucis. Je ne suis vraiment, vraiment pas à la mode... et pourtant, j'ai l'impression que j'ai tout. Comment pouvez-vous l'expliquer?".
Et le prêtre m'a expliqué qu'avant, il était chef d'entreprise en Italie, dans la gastronomie. Qu'il gagnait beaucoup d'argent, et qu'il ne mettait pas un pied à l'église. Et il m'a montré ses sandales en cuir, recouvrant mal ses orteils qui ne devaient pas être très réchauffés -c'était en janvier-, sa tenue de moine Franciscain, ce sobre tissu marron et cette cordelette autour de la taille, et il m'a dit, dans un grand sourire, un sourire heureux, pas un sourire social: "mais regardez, vous croyez que je suis à la mode, moi?".


Il la quittera. Il me l'a dit. Il ne l'aime plus. Ce n'est qu'une simple formalité. Il quittera aussi ses enfants. Il le fera pour moi, pour nous. Ça lui parait compliqué, mais je crois en lui, il le fera. Pour notre bonheur à tous! C'est tellement beau, une famille recomposée! tellement moderne! Et puis il me l'a dit, il veut me permettre d'être mère. J'y ai droit! Il n'est pas égoïste, lui. Je suis certaine que je serai une super belle-mère. Oui, ses enfants vont souffrir... même si, à leur âge, ils ne comprendront pas grand-chose, et ne s'en souviendront bientôt plus. Plus tard, c'est évident, il nous remercieront! Il vaut mieux suivre ses sentiments, les battements de son cœur, qu'un chemin tout tracé, non?
On s'entendra bien, tous ensemble. Oui, c'est difficile pour lui de faire le deuil de sa famille. Mais il faut bien qu'il en passe par là! Détruire, pour mieux reconstruire. Qu'est-ce-qui est plus beau que notre histoire? Pas son mariage, pas sa famille! Qu'est-ce-qui est plus fort que notre amour? pas ce qu'il a construit, pas cette vie qui n'est plus rien pour lui, non! Moi, je suis Tout. Je crois qu'elle est assez belle, sa femme. Ils viennent d'acheter un appartement. Il m'a déjà parlé, une fois, de sa queue de cheval blonde, qui se balance sur ses épaules quand elle marche. Mais il ne l'aime plus. Il a de l'affection pour elle, de la tendresse, pour tout ce qu'ils ont construit, c'est sûr. Mais nos projets, nos rêves fougueux, sont plus forts que ça. Plus forts que ces engagements poussiéreux de bourgeois. Avec moi, il vivra la jeunesse, la passion, la liberté, le désir pour toujours. Il ne fait plus l'amour à sa femme. Du moins, il n'arrive plus à lui faire l'amour sans penser à moi. Il me le dit, c'est sûrement vrai. J'ai 38 ans. Je ne serai pas patiente éternellement.
Il la quittera.

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Des femmes. Des mères. Des mères "parfaites", qui, la plupart du temps, sourient.
Mes copines, mes cousines, mes voisines... et un peu de moi aussi.
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j'ai regroupé ici deux billets que j'avais écrits, intitulés Des mères et Des mères 2.
Ces femmes, elles, nous, j'en ai encore plein dans la tête. Plein de projets autour d'elles. L'envie de les faire vivre et de les laisser s'exprimer... 
à suivre.

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