mercredi 9 novembre 2016

Elections américaines: Comme toute bonne française, j'ai moi aussi mon opinion.




Bon. Donald Trump est donc le Président des Etats-Unis depuis cette nuit.

En regardant les réseaux sociaux ce matin, j'ai aussi constaté que, globalement, 100% des français ont une opinion à ce sujet (je vous laisse deviner laquelle)

Je n'avais pas voulu donner mon avis de française sur la campagne, car même si j'avais, comme toute française évoluée, intellectuelle et progressiste, drapée dans ma supériorité et forte des valeurs de mon Vieux-Continent de génie, connu pour son époustouflant dynamisme, sa croissance fulgurante, ses belles idées droitsdelhommiste si bien mises en pratique et son talent pour lutter contre le terrorisme -huhu- (pas comme tous ces rednecks rougeauds pleins de Coca et pro-armes qui ne connaissent rien à leur propre pays, quoi), - sans parler de mon chic naturel/sophistiqué de bonne française, rhaaan, je m'aime! qui envoûterait n'importe quel connard de ricain sorti de sa cambrousse-, une petite tendance, bien évidemment, à être, dans une posture de courage et d'audace dont je ne suis pas peu fière, pour le Bien contre le Mal (mon côté bernardhenrilevyesque). Bref, à pencher plutôt, en toute nuance et avec subtilité attention, pour Les Lumières, la civilisation, l'intelligence et la culture, plutôt que pour l'obscurité, la bêtise, la vulgarité et la fin du monde. On n'est pas des sauvages!




Mais il faut quand même reconnaître que j'avais préféré la fermer car 
1., je suis française et pas américaine, relativement voire totalement incompétente sur ce sujet comme beaucoup d'autres de mes concitoyens, 
2., voir Madonna promettre des fellations ou Katy Perry se foutre a poil (c'est féministe apparemment) pour attirer le chaland pour faire voter pro-Clinton me laissait songeuse (Je vous préviens, j'ai lu Elle cette semaine -quelle idée saugrenue-, les méthodes journalistiques n'ont pas changé, le message c'était un peu le même que pour Ségolène en son temps: si vous voulez être une bonne américaine, votez hillary parce que c'est une femme, voilà à peu près les seuls arguments de fond), 
3., le traitement médiatique de ces élections en France me paraissait encore une fois trop manichéen et bien-pensant pour être vraiment fiable, 
4. J'avais bien perçu cette détestation croissante des élites chez le peuple (là-bas comme un peu partout dans le monde), que Clinton ou Trump, c'était un choix semblable à la peste ou le choléra pour les américains, et que l'engouement français pour Hillary était loin d'être partagé dans son pays, tant elle est vue là-bas comme l'incarnation de l'élite déconnectée du peuple, richissime, corrompue, méprisante envers les électeurs.

Mais quand même, ça fait un peu bizarre au réveil. M'enfin ça s'appelle la démocratie... on verra si Trump se comportera de manière aussi cliché, caricaturale et dangereuse que prévu. Au vu de ses talents de gestionnaire/businessman, de son parcours et de son résultat, et de son entourage et conseillers qui seront certainement de qualité, j'ose espérer que ce n'est pas uniquement l'homme vulgaire, rageur et clivant qui nous a été présenté qui dirigera le monde demain.

Comme souvent après des élections, je suis très vite agacée par ce que je lis sur internet. La pensée mainstream est littéralement effarée par l'ascension de Trump au pouvoir...  comme si on n'avait disposé d'aucun élément pour prévoir cette catastrophe.
Cela fait pourtant des années et des années que le peuple essaie d'exprimer dans les urnes ou ailleurs sa peur de l'avenir, sa frustration et son sentiment de faiblesse face à la mondialisation, les difficultés de sa vie quotidienne pour joindre les deux bouts et se retrouver dans les valeurs proposées, son ras-le-bol croissant pour les hommes politiques qui les gouvernent, dénonce l'inconséquence de ses élites, leur déconnexion de la vie réelle, voire leur incompétence et leurs comportements au dessus des lois.
En France c'est la même chose, à chaque fois qu'il y a des élections, les gens du côté du Bien tombent de leur chaise devant les hauts scores des partis d'extrême droite, poussent des cris d'orfraie en réalisant que dans la réalité, ce ne sont pas seulement des riches privilégiés et éduqués qui votent, mais aussi, attention, les gens du peuple (i.e. les gros beaufs, vu de tout là haut), en colère.

Alors moi j'en ai marre de lire, ce matin encore, tout un tas de gens sur Facebook, sûrs de détenir la vérité, bombarder d'insultes l'américain moyen (alors que la plupart des gens n'ont jamais foutu un pied aux Etats-Unis et se sont arrêtés au niveau 6ème en anglais). Ca me donne la désagréable impression, outre que les français sont toujours bourrés des mêmes clichés méprisants sur les américains, qu'on n'en sortira jamais, qu'on ne se remettra jamais en question, qu'on continuera à penser que c'est judicieux de continuer à mépriser le peuple, lui dire qu'il vote de la merde en le traitant d'inculte, plutôt que d'essayer de comprendre pourquoi il se détourne de ses élites, pourtant si merveilleuses et fascinantes de perfection.

Alors attention; nulle envie de ma part de vous expliquer que Donald Trump est mieux qu'Hillary Clinton...  Je n'ai personnellement pas d'attirance spécifique pour la façon dont Donald Trump s'est exprimé pendant la campagne, le niveau ras-despaquerettes du débat intellectuel, pour le fond de ses idées qui me semble plus promoteur de haine (raciale notamment), d'amalgames (tous les musulmans dans le même sac) et de conflit qu'annonciateur de progrès (pour les droits des femmes notamment)... Et ça tombe bien d'ailleurs que je n'ai pas plus d'engouement que ça, je ne vote pas, ce n'est pas mon pays.

Mais enfin, le peuple s'est exprimé librement, et quand j'écoute les quelques américains autour de moi (famille qui vit là-bas, ou d'autres ici), j'ai bien vu que même chez les soi-disant "élites", (bon background social et professionnel) Hillary Clinton était vraiment détestée. Je crois qu'en France on a un peu fantasmé le clan démocrate, Obama notamment est vu chez nous comme un véritable sauveur, un "type classe", alors que de là-bas, il semble qu'il est aussi considéré comme un pro du marketing, avec un bilan pas spécialement folichon (l'Obama Care, par exemple).
Le populisme est en marche, personnellement je ne trouve pas ça rassurant du tout mais au lieu de donner des leçons et de jouer les vierges effarouchées, on ferait bien de réaliser que c'est sur le même genre de parcours que la France avance depuis plusieurs années. Par exemple, on pourrait commencer à comprendre que c'est contre-productif d'utiliser les chanteurs à succès, l'élite artistique, les gens à la mode parce que le peuple exprime à chaque fois un rejet contre ce système-là: celui des gens riches et aisés qui explique aux électeurs pour qui ils doivent voter. Un rejet contre tout ce qui fait partie de l'élite, gens du divertissement y compris (on a les mêmes chez nous...)

En tous cas, pour rester positif... on peut quand-même avouer que le voir accéder à la plus haute marche du pouvoir prouve quand-même une chose: aux Etats-unis, définitivement... tout est possible.

Il ne nous reste plus qu'à savoir pour qui voter dans notre propre pays, à présent. Puisqu'apparemment, nous les Français n'avons pas honte de regarder les américains de haut (nous avons quand-même élu un grand président, nous! nos cris de joie de 2012 n'ont vraiment pas été déçus!), sommes un peuple bien au dessus de ces bouseux de rednecks, et que nous ne tomberont pas dans le piège de laisser au peuple le droit de voter n'importe comment, de casser le jouet qu'on lui a offert (c'est sympa la démocratie, mais ça a ses limites, hein). 

Gageons que les américains se passionneront pour nos débats Coppé-Poisson-Le Pen-Valls-Vallaud Belkacem 🤔 et ne manqueront pas de nous gratifier, en retour, eux aussi, de leurs conseils avisés! 
(mais d'ici là, avant mai 2017, repensons tout de même à la fable de l'arroseur arrosé,  et autres dictons tels que "rira bien qui rira le dernier", "balaye devant ta porte", ou "au lieu de regarder l'aiguille dans l'oeil du voisin...")

Allez, vive la démocratie (quand-même), vivent les Etats-Unis, et vive la France.
bisous.
🇺🇸🇫🇷

à lire: 

6 commentaires:

  1. Totalement d'accord avec ton texte ! De la première à la dernière phrase.

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  2. Yvonne la Vosgienne10 novembre 2016 à 14:28

    Superbe commentaire. Cela fait du bien à lire!

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  3. Juste et très drôle, à mon avis. Mais attention, tu frôlerais presque le blasphème anti-républicain!

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    1. Merci! Mais Pourquoi anti-republicain?

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    2. C'est de l'ironie bien sûr; les médias et Cie ont tendance a nous faire croire que celui qui ne hurle pas de toutes ses forces et le plus bêtement possible "tout sauf Trump" appelle de ses voeux l'avènement du fascisme sur terre. Je ne te soupçonne pas de cela, bien évidemment!

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