samedi 21 janvier 2017

"Quatre ou pas cap"... la suite.





Je vous remercie beaucoup pour tous vos mots suite à mon précédent billet. Ils concrétisent un peu plus le bouleversement que je suis en train de vivre.
Et, au vu de vos commentaires, j'ai comme l'impression d'avoir, en exprimant mes tergiversations très personnelles, touché à un sujet universel. Quelque soit le nombre de vos enfants, il a remué les certitudes de certaines d'entre vous, voire poussé d'autres dans leurs retranchements! 
Je suis bien consciente que j'ai semé les graines, sans le savoir, de discussions de couple enflammées sur l'oreiller (pardon!)... ce qui aura peut-être pour conséquence, qui sait, de faire mentir l'année prochaine le chiffre décroissant de la natalité que l'INSEE vient de publier, hé hé!






J'ai passé un mois de décembre sur les rotules, entre l'épuisement et l'estomac toujours un peu au bord des lèvres... (sans parler de la frustration de ne pouvoir strictement rien boire ni quasiment rien manger de bon pendant les repas de fête, argh j'avais oublié cette torture! en gros on s'assoit autour des petits fours et des flûtes de Champagne, et on regarde les gens prendre leur pied. Passionnant!) mais aujourd'hui j'ai à nouveau la pêche.


L'arrivée prochaine de ce quatrième enfant, vue peut-être au départ comme un petit coup de folie, nous parait être la chose la plus naturelle et cool et évidente qui soit, comme si sa place était déjà faite (dans la famille, dans nos têtes mais aussi dans mon ventre, qui est déjà bien volumineux, hum hum). 

Les questions de mon texte précédent ont quasiment entièrement disparu. 
Ce texte, je le peaufinais depuis des mois, depuis que notre décision était prise... chaque mois, en proie à l'ambivalence, aux "ah mince ça n'a pas marché ce mois-ci/mais ouf, un mois de plus à pouvoir profiter, boire l'apéro et m'occuper sereinement de mes enfants déjà bien remuants/ça me laisse le temps de vraiment savoir si j'en ai envie ou pas tant que ça/ah mais quand-même je n'imaginais pas que ça me turlupinerait comme ça/non, vraiment, c'est mieux comme ça finalement, ce ne serait pas sérieux/c'est bizarre, je suis à la fois soulagée et déçue... à moins que ce soit l'inverse..../chaque mois au quatorzième jour théorique, j'ai beau me dire que je vais garder distance et recul, je suis quand-même bien préoccupée par ce sujet"... j'y ai rajouté des phrases, effacé d'autres, pour que quelque chose prenne forme, petit à petit... pour tenter de mettre des mots sur toutes mes émotions propres à "l'avant".


Chacun de nos enfants s'est réjoui à sa façon de cette nouvelle et s'est déjà attribué de nouvelles responsabilités ("il dormira dans ma chambre, je lui changerai la couche, non ce sera une fille et on l'appellera bébé Marguerite, je lui apprendrai à lire..."), on sent à nouveau cette dynamique au sein de la famille, qui fait grandir nos enfants d'un coup (notre petite dernière prend son rôle de future grande soeur avec beaucoup de sérieux et son comportement a radicalement changé (pour le meilleur...), elle a décidé maintenant qu'elle n'était plus un bébé, et que, quand elle serait une femme, elle achèterait des gros seins comme maman (sic) (merci pour le compliment). 
Notre fils a déjà fait une annonce officielle à toute sa classe, il a juste un sourire jusqu'aux oreilles quand on parle de l'arrivée de ce futur partenaire de jeux (quand je pense aux milliards de Lego qui l'attendent, le futur veinard...). 
Notre aînée s'enquiert régulièrement de mon état de santé, de fatigue, et surveille que je ne trempe pas trop les lèvres dans une coupe de Champagne...). Elle me pose des questions assez concrètes sur l'accouchement, la péridurale, la durée des contractions...
Leurs réactions nous entraînent dans la vie, et nous rappellent que nous saurons nous adapter et déplacer des montagnes comme pour les trois fois précédentes.

Alors que les premiers temps la fatigue et les moments clouée au lit (j'ai chopé de sacrées maladies hivernales juste avant Noël) avaient tendance à me faire un peu broyer du noir ("mais quelle idée", "ah quand même la grossesse, on oublie mais qu'est-ce que c'est fatigant au début!") je suis sur un petit nuage depuis quelques semaines (depuis que les désagréments du début sont passés, que les échographies m'ont donné des informations me permettant de me projeter plus concrètement). 
Je ne me souviens pas forcément d'avoir ressenti les choses avec autant de force, aussi tôt pendant mes grossesses précédentes. J'ai l'impression d'aimer déjà cet enfant (alors que, franchement, jusqu'à présent, je ne le connais ni d'Eve ni d'Adam!), et qu'évidemment il est déjà unique, et irremplaçable (mais je vous fais grâce de la photo de son petit profil à l'échographie, tant j'ai conscience que rien ne ressemble plus à un foetus de 12 semaines que n'importe quel autre foetus de 12 semaines!).

J'ai repris le yoga, tout en limitant maintenant les postures trop athlétique et acrobatique, faisant travailler les abdos notamment. Etant légèrement addict sur les bords, je suis plutôt mal quand je n'en fais pas... j'avais arrêté au dernier trimestre lors de ma dernière grossesse, et j'avais assez mal vécu le manque! 
Faire du yoga est, selon moi, absolument indispensable pour l'ouverture du dos, des épaules (qui ont tendance à se refermer avec la grossesse, notamment avec le poids du ventre), l'ouverture du bassin aussi... continuer à muscler les bras, les jambes... sans compter les exercices de respiration, notamment le "hujjayi breath", qui sont un atout énorme, quand on la pratique, pour gérer au mieux les contractions le moment venu. Bref, mon corps existe toujours, j'aimerais continuer à avoir conscience de ce qui se passe dans chaque partie de celui-ci... le plus longtemps possible jusqu'à l'accouchement.


Dans ce halo de joie qui m'auréole, je me souviens aussi de mes trois premières grossesses, évidemment, j'ai une certaine lucidité sur les épreuves qui m'attendent. Je sais bien que l'excitation et les bonnes résolutions des premiers mois laisseront place, vers la fin, à une lassitude, une fatigue physique et morale indéniables, des craintes et des angoisses, aussi, qui me forceront à lâcher prise (voire à baisser les bras). 
J'espère que cette clairvoyance et cette expérience (pourrais-je dire que j'atteindrai une forme d' "humilité"?) me serviront au moins un petit peu, m'aideront à garder calme et recul dans ces moments où tout devient lourd... où je deviens-moi-même la définition incarnée de la fille "lourde" dans tous les sens du terme, d'ailleurs (pardon d'avance, Jean-Chou). 
Pour moi, le dernier trimestre reste quand-même à chaque fois assez insoutenable... j'aimerais bien qu'une bonne fée se penche sur moi cette fois-ci et le transforme en chemin de roses (qui passerait, si possible, à toute allure. Merci.).

A plus long terme, avec Jean-Chou, en voyant comme notre petite dernière devient facile à présent, j'aimerais que cette expérience nous serve encore un peu mieux. Pour garder du recul face aux moments d'extrême fatigue, de caprices, de terrible two... que l'on revivra. Souvent on se regarde, et on se dit qu'on a parfois cru, pendant les phases de nuits difficiles, pendant cet été où, entre les attentats, les travaux dans notre appartement et le déménagement, et notre petite dernière à câliner au milieu, qui avait décidé de ne plus fermer l'oeil de minuit à quatre heures, qu'on allait décéder de fatigue, péter les plombs d'épuisement... pour finalement se rendre compte que tout finit par passer. Que l'on n'en est pas morts, qu'on est même plus heureux, et fiers de nous, aujourd'hui, par dessus le marché. Oui, tout passe.

On a déjà prévu un dernier petit family-trip à Pâques dans une capitale européenne tant que je serai encore capable de me déplacer (en marchant avec ce qui me reste de dignité, pas en roulant sur moi-même) et que j'aurai encore une apparence à peu près humaine, et j'ai super hâte de vivre à fond ces moments tous ensemble.
Les voyages, cet été, seront assez inexistants... mais on a quand-même réservé une semaine tous les six dans un endroit sympa, avec enfants occupés 20H/24H par moult activités, la semaine précédent la rentrée. Je pense que ça va être top.


Je vais, en plus, être obligée de me faire un peu (beaucoup?) plaisir sur les vêtements et le matériel de puériculture... car, fidèle à mon aversion pour le stockage de trucs en tous genres, à part un petit pull gris mixte Bonpoint que j'avais voulu garder en souvenir, et une poussette-canne, j'ai absolument tout donné-vendu-jeté. C'est bien simple, je n'ai plus rien!


J'ai des envies de carottes râpées, de salades épicées aux pois chiches, jus de citron, persil, et de petits plats d'été (dur dur de trouver des melons gorgés de soleil, des bonnes tomates du jardin et du basilic en cette saison...), ce qui me change de mon obsession pour les brocolis et les lentilles en boite que j'avais eue pour ma première grossesse, sans parler de l'envie du petit verre de rosé qui va bien (argh, j'entends même les cigales et le bruit des vagues, je sens même très précisément le plaisir dingue de la sensation de mes pieds nus qui s'enfoncent dans le sable chaud, sous la table du restaurant de la plage, alors que je porte à ma bouche le fruit interdit - au hasard: de la viande saignante (je croquerais bien un boeuf vivant à même le cuir, tiens)-du poisson cru-du foie-gras maison- des fruits de mer-du fromage au lait cru-du bon vin- )... bref, j'attends un enfant avec toute l'hypersensibilité, toutes les petites fantaisies et lubies associées, et, comme pour les trois fois précédentes, même si je ne fais pas partie de ces femmes qui adoooooorent être enceintes (je me préfère sans ces quinze kilos de plus, franchement), cette expérience est absolument unique, supérieure et merveilleuse. Transcendantale, eh ouais.


Ces choses-là paraissent toujours abstraites quand on est dans la phase de réflexion, qu'on se demande si on sera capable d"aimer" un autre enfant, surtout quand on a déjà donné plusieurs fois, et qu'on se demande si on n'a pas atteint une sorte de "maximum"... mais les choses sont bien faites, la vie me rappelle avec une facilité déconcertante comme toutes ces questions étaient limitées: 

Je n'attends pas, blasée, "un enfant de plus", je suis au contraire toute disposée à ce nouvel émerveillement, à nouveau surprise, fascinée et happée par ce qui est en train de se jouer, dans mon corps, ma tête, et dans ma famille.... avec peut-être un peu plus de coolitude que les autres fois, un peu plus de recul et d'expérience, un peu plus de conscience de la grande, très grande chance que j'ai (même si certains préfèrent employer le mot "courage" ;-).


hum. Et dire que je n'en suis qu'à trois mois...


Bon et du coup, il aura du mal à s'appeler "bébé Marguerite", puisqu'on vient d'apprendre que ce sera... un garçon!

à suivre...

6 commentaires:

  1. Profite bien de cette grossesse et de cette chance ! Un petit garçon c'est super. Ton fils doit être aux anges !

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  2. Je te suis depuis un moment et je n'ai pas l'habitude de poster des commentaires. Mais ton précédent post était déjà très touchant et émouvant et celui là n'est que la continuité du premier. J'ai l'impression que ce nouvel enfant t'inspire beaucoup...et je trouve cela génial! Félicitations!

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  3. Bonjour, je viens de découvrir votre compte et je vous trouve magnifique. Je suis moi même maman de 3 enfants et nous avons décidé de tenter le 4eme. J'espère pouvoir d'ici peu revivre ces doux moments. Je vous souhaite une Belle grossesse belle rencontre et surtout belle grande et heureuse famille à venir

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  4. Félicitations jeune maman !!!! j'ai eu mon numéro 3 à 35 ans (le jour de mes 35 ans) et je n'ai jamais été aussi en forme !!! et voilà que je suis mamie et j'ai toujours un peu de regret de ne pas avoir fait un petit 4ème !!! alors bravo ! et ne pensez surtout pas aux kilos à perdre ni à toutes les difficultés à venir ( où pas) profitez tout simplement !!! c'est si beau l'attente d'un tout petit !!! amicalement Dominique

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  5. Félicitations ! Ces atermoiements du post précédent (et aussi ce mélange de déception/soulagement au début de chaque nouveau cycle), je pense qu'on les connaît toutes effectivement, que ce soit au premier, au deuxième, au troisième ou au quatrième !...

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