mardi 6 juin 2017

Quatre fois neuf mois.












































































































































































Un de nos petits bonheurs depuis qu'on est niçois, et encore plus depuis qu'on vit en centre ville (depuis cet été): 

Sortir de notre appartement et, après dix petites minutes de marche, se retrouver à la plage, vers 19h. Y faire pique-niquer les enfants, et nager quelques brasses... avant d'aller boire l'apéro tous ensemble à la terrasse d'un pub sur le Cours Saleya, en écoutant, les maillots encore mouillés. les groupes de musiciens.
Acheter des pizzas à emporter sur le chemin pour n'avoir rien à préparer en rentrant... puis traverser le Vieux-Nice en sens inverse, vers 21h, passer sous le linge qui sèche aux balcons dans les ruelles étroites et modestes, croiser les touristes à la peau cramoisie et la mine réjouie, saliver devant les tables des milliers de petits restos installés à même la rue (et parfois s'y arrêter vraiment), entrer cinq minutes dans les églises baroques flamboyantes, aux portes grandes ouvertes même à la nuit tombée, entendre, juste au dessus, les vieux et les enfants qui se parlent, en voisins, de fenêtre à fenêtre... pour rentrer, et coucher les enfants épuisés, après une douche rapide.

Quand on a envie de passer plus de temps à la plage, plus confortablement installés sur le sable, c'est dans la baie de Villefranche que nous adorons nous rendre, à quinze minutes de chez nous en voiture... C'est un de nos QG, un endroit où l'on retrouve les copains, où l'on vient passer quelques heures, et ce, douze mois par an. 
La plage privée du Delibo (à l'origine, une pâtisserie-resto absolument géniale de la rue Bonaparte) a ouvert ses portes depuis une dizaine de jours... Il faut aller y déjeuner!

Le Vieux-Nice est un terrain de jeux et d'exploration le matin, aussi... nous sommes très souvent au marché pour choisir nos fruits et légumes, et nous ne résistons pas aux couleurs, odeurs (et prix très attractifs) du marché aux fleurs. Nos petites habitudes nous dirigent toujours vers le stand de Leonardo... après un petit café à la Civette, ou à l'F, où les enfants sont toujours traités comme des rois. 

Tous ces petits rituels feront partie de leurs souvenirs d'enfance... c'étaient un peu les miens, aussi... Un quotidien simple et exceptionnel à la fois, qui ne cesse de nous émerveiller, jour après jour, et pour lequel on a beaucoup de gratitude... et toujours ce petit "ouf" de soulagement d'avoir eu la chance ET osé quitter Paris, et tout le soi-disant confort qui nous était promis, dans des vies professionnelles toutes tracées.

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Depuis quelques semaines, plusieurs évènements désagréables me/nous tombent sur le coin de la figure... entrainant avec eux les doutes, l'inconfort et les questions existentielles associées.
Des choses extérieures, contre lesquelles il est difficile de lutter... me poussant dans mes retranchements, me forçant à prendre du recul, à méditer sur cette fameuse phrase (attribuée à Marc-Aurèle) qui est inscrite sur le mur du studio de yoga et que j'ai l'occasion de lire à chaque fois que je m'y rends pour pratiquer: 
"Dieu, donne moi la sérénité d'accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d'en connaître la différence".

Ma grossesse me rend à la fois plus forte et plus fragile. Je n'ai jamais vécu mes grossesses comme de longs fleuves tranquilles... malgré tous mes espoirs et fantasmes, formulés au début de chacune d'entre elles.
Cette quatrième grossesse se passe, techniquement, à merveille... mais, plus elle approche de la fin, me lance de vrais défis émotionnels.
J'ai souvent l'impression, depuis quelque temps, d'être assise sur mon rocher, au milieu de la tempête. je me sens bien cramponnée, assez stable sur mes appuis... mais cette sensation, malgré tout, d'être dans l'oeil du cyclone, à la merci de phénomènes que je ne peux pas maîtriser, me frustre. 
Les mois passants, et comme pour chaque grossesse, j'observe ce phénomène intérieur qui grandit: celui d'avoir l'impression de vouloir, et devoir, prendre du recul par rapport au monde extérieur, d'être de plus en plus décalage avec l'agitation et la vitesse autour de moi... et même au sein de mon entourage proche.
Alors je ralentis, et j'observe, alerte. Je joue comme sur deux tableaux à la fois: je prends les choses en plein coeur, la sensibilité à fleur de peau... et je me vois, aussi, avec un peu plus de hauteur, réagir "en femme enceinte", dirigée, l'expérience me l'enseigne, par une forme de réflexe instinctif, animal... qui a certainement son importance et sa justification, une utilité pour me préparer à l'accouchement qui approche.

Je tente de faire la part des choses entre les difficultés réelles que je dois affronter, le bouleversement légitime que cela provoque en moi... et ce qui est du à ma propension à exagérer, dramatiser, sur-interpréter, du fait de mes hormones (et de ma sensibilité déjà bien gratinée, au naturel).
Je serre les dents au quotidien pour supporter tout un tas de petites (ou moins petites) frustrations et impatiences... tout en m'imposant la discipline de rester indulgente avec moi-même, d'accepter de laisser certaines choses se jouer sous mes yeux, de lâcher-prise et de croire en leur possibilité de trouver un dénouement sans que j'aie à intervenir plus que cela sur les évènements.

Chaque jour est comme un petit combat intérieur... je veille à profiter au maximum de tous les petits plaisirs que m'offre le présent, et ma vie protégée et privilégiée... tout en essayant d'avoir encore un peu plus foi en la vie, et en les autres, aussi... qui me montrent, même si je n'aime pas trop demander de l'aide, que je peux, tout de même, me reposer sur eux... et que parfois dans la vie, on a le droit de flancher (pour mieux se relever juste après)

Même si ce n'est pas forcément décelable sur internet, sur les réseaux sociaux... (cf mon dernier billet!), c'est cela, qui doit aussi se lire, dans chacune des photos que je choisis de publier dans le billet d'aujourd'hui, et qui me semblent illustrer à la perfection la fin de grossesse que je suis en train de vivre:
Une lumière éblouissante, de grandes joies, des paysages à couper le souffle, des plaisirs minuscules et immenses à la fois, une ambition débordante pour notre vie de couple et de famille, des flashes de bonheur quotidien, presque violents tellement ils sont forts, comme un cri... accompagnés de moments voilés, de fragilité, d'inquiétudes éminemment personnelles, de questionnements sur la santé, la vie, le stress, l'avenir... rien de bien unique, rien que de très universel en somme... la vraie vie, tout simplement, la marche du monde, tout bêtement... qui, à mon grand étonnement, ne s'arrête pas de tourner juste pour mes beaux yeux, ne voit rien de particulièrement sacré dans les vagues qui affleurent sous mon nombril, mouvements de vie qui me paraissent pourtant plus importants que tout ce qui se passe dans l'univers (il me reste encore un soupçon de raison et un tout petit soupçon d'humilité pour identifier cet égocentrisme grandissant, doublé de cette stupéfiante naïveté, formant ce cocktail de mégalomanie un brin explosif, qui me cueille à chacune de mes grossesses, et qui peut prêter à rire, j'en suis consciente... et auquel je vais bien finir par m'habituer!).

Avec Jean-Chou, chaque jour, et encore plus depuis quelques semaines, on fait le choix de laisser au maximum les soucis à leur place, d'essayer de ne rien montrer de nos questionnements d'adultes à nos enfants, de bouffer la vie encore plus fort, d'en faire une fête chaque jour, et de ne pas bouder les moments de légèreté et de fun dès qu'ils se présentent.
Tous ces sentiments ambivalents font de cette fin de grossesse une période assez particulière... j'ai à la fois hâte qu'elle se termine, de passer à autre chose... et en même temps très conscience que tout ce que je vis, chaque jour, a un sens et doit être accepté et vécu, patiemment et sérieusement... car cela nous prépare à une vraie renaissance, qui, même si elle crée aujourd'hui quelques remous, est annonciatrice, je le sens au fond de moi, d'un nouveau cycle qui sera passionnant et nous soudera encore plus, tous les cinq et bientôt six.

Et qui sait, à force, au bout de quatre fois neuf mois, quatre fois ces périodes si intenses dans ma vie de femme, on dirait bien que je vais finir par acquérir un peu de sagesse, et devenir une vraie grande personne, un de ces jours... 


3 commentaires:

  1. Je suis ravie de vous revoir ici et de lire, comme à votre habitude, un bien beau texte. Il est normal et sain d'être ébranlée ; chaque grossesse déséquilibre et recompose individus et famille, opère un recentrage nombriliste sur le cordon ombilical (!), tout en exacerbant les émotions provoquées par le monde extérieur.
    Courage ! Profitez bien de ce miracle réitéré de la vie qui grandit.
    Je vous envie (et ne vous jalouse pas) : je rêve d'un troisième mais la situation de mon couple ne le permet pas, je sais donc ô combien cet agrandissement est précieux.
    Le meilleur reste à venir !

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  2. Courage à toi !
    Les photos sont très belles.

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  3. Merci pour vos photos et ce billet
    On aime beaucoup vous lire
    Je partage totalement votre sentiment sur la fin de grossesse
    Bon courage pour les dernières semaines

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