mardi 13 juin 2017

Se préparer, tout doucement...





La grossesse a ceci d'assez déstabilisant: la notion du temps se voit complètement chamboulée. 
Ainsi, j'ai l'impression d'avoir consacré pas mal temps à me morfondre, concernant ce fameux temps qui passait, à mes yeux, bien trop lentement... et pourtant, ni une, ni deux, je me suis aperçue, ce matin, lors de la troisième échographie morphologique chez mon gynéco... qu'en fait j'étais déjà arrivée au 8ème mois!

Les évènements extérieurs relativement éprouvants de ces dernières semaines, dans ma vie personnelle, ont eu ce côté positif: ils m'ont fait, un temps, un peu décrocher mon attention de mon nombril. Le temps est donc passé très vite!
Mais je me rends compte que, petit à petit, je me recentre à nouveau sur moi, sur mes sensations, les vagues qui affleurent sous mon ventre, sur ce bébé qui va naitre.



Je vis tout, au quotidien, le plus intensément possible. C'est un peu ma nature... c'est aussi une démarche volontaire. C'est comme ça que je me prépare à la suite; en surfant sur la vague du quotidien, ce quotidien tout simple, en essayant d'y prendre le plus de plaisir possible. Chaque jour qui passe, avec sa simplicité, j'essaie de recevoir les émotions, les odeurs, les paysages. D'ouvrir les yeux, de regarder autour de moi. Je prends au passage quelques gouttes dans les yeux, les embruns me remuent un peu, j'ai encore du sel sur la peau à la fin de la journée et tout n'est pas confortable, mais je l'aime bien, cette traversée. 

J'entre dans la période où les préparatifs vont commencer. J'ai pris rendez-vous à la maternité pour m'inscrire, réserver ma chambre (vue sur mer! rien de mieux pour le moral...), et rencontrer l'anesthésiste. 
J'ai reçu la liste standard pour préparer ma valise, et je m'aperçois qu'en fait, il faudrait que je m'active un peu!
les choses deviennent plus concrètes, pour Jean-Chou évidemment (il m'accompagne à chacun des RDV mensuels chez le gynéco, et je chéris ces petits moments, pratiquement les seuls dans notre frénésie familiale, où l'on se retrouve tous les deux, comme deux jeunes futurs parents débutants, autour de cette idée de "bébé"), mais aussi pour moi.

Je vis cette ambivalence avec sérénité, et même de l'amusement: je me vois me transformer physiquement, je ressens physiquement qu'il y a de la vie en moi, j'identifie même, selon les petits mouvements que je peux ressentir, dans certaines zones précises, sa position, où se situe son dos, où sont ses petites mains, très facilement... je sais, techniquement, que je vais être à nouveau mère... et pourtant, bien que j'aie déjà vécu l'expérience trois fois, j'ai encore du mal à réaliser ce qui m'attend.

Je ne me pose pas beaucoup de questions, je n'ai pas d'inquiétudes, pas d'angoisses particulières concernant ce bébé (contrairement à ma première grossesse, par exemple, pendant laquelle les projections, angoisses et questionnements avaient pris toute la place!)
Et en même temps, quand je prends quelques minutes pour me poser et y penser, tranquillement, je n'arrive pas bien à y croire.
Je suis un peu comme Thomas Pesquet (oui, on a vu en famille -et approuvé!- le documentaire "Envoyé Spatial"!), qui expliquait son état d'esprit avant, puis juste après avoir réalisé sa première sortie de la station ISS, le rêve de sa vie:
Je sais, théoriquement, que ce que je vais vivre va être dingue: pour l'avoir vécu, et avoir des souvenirs très précis de mes trois accouchements précédents, j'ai une conscience peut-être un peu plus concrète encore... et pourtant, tant qu'on ne l'a pas, à nouveau, ressenti dans sa chair et dans ses émotions, cette connaissance s'arrête aux portes de la réalité.

C'est à cela que je me prépare le plus: je consacre un peu plus de temps, chaque jour, à me retrouver avec moi-même, avec mes ressentis. Simplement pour le plaisir de me projeter, pour me préparer psychologiquement à être à nouveau, dans quelques semaines, cueillie par un tourbillon d'émotions fortes, de sensations physiques extrêmes. Je ne soupçonne pas non-plus, même si j'en ai conscience en théorie, ce que sera le bouleversement d'émotions vécu par nos trois enfants... qui ont chacun, à sa façon, tellement hâte d'accueillir leur petit frère...
J'ai hâte de les revivre, ces émotions, sans être non plus dans l'impatience. Je suis sur l'escalator, il avance, mais je reste immobile dessus. J'avance à son rythme. Peut-être que c'est parce que je vis ces choses pour la dernière fois, que je ne ressens pas forcément le besoin d'aller plus vite que la musique?


Je me vois différente, aussi, pour préparer cette quatrième naissance: grossesse après grossesse, je me suis évidemment détendue sur plein de sujets... mais le lâcher-prise est encore plus net pour celle-ci.
A mon gynéco qui essayait de trouver un angle de vue correct pour me montrer le visage du bébé en 3D, je lui ai dit "vous savez, ça ne m'intéresse pas, de voir son visage, je n'ai pas besoin de le voir concrètement pour savoir qu'il sera beau et que je l'aimerai, ce qui compte c'est qu'il aille bien." 

Je ne ressens aucun besoin de me préparer "en groupe" à l'accouchement. Je ne m'intéresse pas aux différentes méthodes possibles, je ne me projette pas tellement en salle d'accouchement avec tel ou tel souhait, et n'ai évidemment formulé aucun projet de naissance (j'ai lu un article avec lequel je me sens d'ailleurs très en phase, qui dénonce les effets négatifs voire anxiogènes de certaines préparations à la naissance, et tout le "marché" qui gravite autour: "plaidoyer pour une non-préparation à la naissance", Grandir Autrement).

Je pense qu'il y a plusieurs raisons à ce détachement: 

Le fait que j'aie déjà, primipare, suivi les préparations traditionnelles théoriques, et que je ne ressente pas le besoin de me pencher sur le sujet à nouveau. Le fait que je connaisse un peu mieux mon corps, et mon psychisme aussi... et que j'aie évidemment plus d'assurance sur ma façon d'être mère ensuite, mes envies, mes limites.

Ma personnalité un peu sauvage et indépendante, aussi... fait que je n'ai jamais ressenti le besoin d'être "en groupe" pour me préparer à un évènement que j'estime extrêmement personnel et intime, avec des enjeux plus psychologiques et cérébraux que basés sur des méthodes techniques ou matérielles pures. 
Pour ma deuxième grossesse je n'avais strictement rien fait... j'avais souhaité me préparer un peu, à nouveau, avec une sage-femme, pour ma troisième grossesse; mais finalement cela ne m'avait pas apporté grand-chose: écouter les angoisses et témoignages négatifs des autres futures mamans n'avait d'ailleurs pas présenté d'intérêt pour moi, bien au contraire... 

je papote avec mes copines, surtout avec mes quelques amies enceintes en même temps que moi et avec qui j'ai un grand plaisir à être dans une sorte de "communion" (on peut se plaindre plus librement de tout un tas de trucs, hu hu)... mais je n'ai pas spécialement envie d'être entourée d'inconnues.
Ainsi, il n'est pas né celui qui me verra enfiler un maillot de bain de grossesse et des claquettes pour aller m'immerger de mon plein gré, dans une piscine municipale, entourée de comparses dans le même état que moi (baleinesque) au son d'une musique censée relaxer le troupeau, barbotant tant bien que mal à la surface. Cette idée suffit à me crisper.
Je continue à aller à mes cours de yoga traditionnels (hatha et vinyasa, au niveau plus soft et moins athlétique qu'avant bien sûr), mais je ne ressens pas le besoin de tout modifier dans mes mouvements parce que je suis enceinte. Au contraire, pratiquer mon activité normale au milieu de personnes non-enceintes me réjouit plutôt (et en plus j'y bénéficie d'un traitement de faveur, ce qui est toujours bon pour le moral!)

J'identifie aussi une autre raison: ma petite expérience m'a montré que c'est une perte de temps et d'énergie que d'essayer de maîtriser l'impondérable. Je vais faire de mon mieux le jour J pour mobiliser mes forces... pour le reste, advienne que pourra. 

Chacun de mes accouchements a été très différent; le deuxième, express et très, très douloureux. Le troisième s'est bien terminé, mais sans m'éviter le passage par la case "boucherie". L'hémorragie de la délivrance, la révision utérine, tout cela est un souvenir à la fois lointain et précis (pour Jean-Chou peut-être encore plus, qui a assisté à tout)... qui ne m'a pas laissée traumatisée,  notamment parce que j'ai un gynéco que j'adore, avec qui j'ai une relation de confiance énorme et qui a assuré ce jour-là... mais a peut-être eu le mérite de me rappeler que non, un accouchement ne se passe pas toujours comme on le rêve, alors peut-être vaut-il mieux ne pas trop rêver... et ce n'est pas grave, d'ailleurs, ça s'appelle la vie, vous savez, celle qui nous surprend toujours au moment où on s'y attend le moins!

Je ne pars pas du principe que c'est moi qui accoucherai de A à Z, j'ai plutôt l'impression que je serai soumise à une force supérieure à moi; la nature fera bien les choses, j'y crois. Les médecins seront là en cas de problème: je serai certes au rendez-vous pour pousser, respirer, gérer au mieux mes émotions... pour le reste, je me laisserai porter, on fera en fonction des éléments, le jour J. 
Et je reconnais que je ne laisse pas trop de place au rêve, ni aux projections en tous genres. C'est un moment par lequel je vais devoir passer, je l'espère réussi mais je sais aussi que les joies de la maternité n'en dépendront pas tant que ça. Je ne compte pas porter toute la pression sur mes épaules; je vais, en quelque sorte, la "déléguer" (je précise que j'ai tout à fait conscience d'être en décalage par rapport au discours en vogue aujourd'hui, qui vend un accouchement conçu, maitrisé et géré entièrement par la future maman, sans l'aide du corps médical, avec moult projets de naissance, etc, etc)

J'ai bien conscience que ce détachement a aussi quelques revers: c'est cela aussi qui fait que je ne vis pas ma grossesse comme un parcours féérique. L'idée, par exemple, d'une séance photo en famille pour immortaliser mon joli ventre rond, cheveux aux vent, à l'heure dorée, au bord de l'eau, entourée de ma marmaille, me parait totalement incongrue... Pourtant, je trouve certaines photos absolument superbes, chez les autres (Instagram regorge de photos toutes plus sublimes les unes que les autres)! et je regretterai peut-être un peu, plus tard, de ne pas l'avoir fait...
Mais j'avance comme ça: je regarde ma grossesse bien en face, je la documente, la consigne, même (c'est ce que je fais en écrivant ce billet et les précédents), avec toutes les émotions ambivalentes associées... dans une tentative à la fois de la vivre intensément, mais aussi avec un peu de recul.

Pour moi la préparation passe beaucoup par les mots et les émotions. J'ai donc l'impression de me préparer tranquillement, sereinement, et d'une manière qui me convient!
Le mois de juin, je le sens, va défiler à toute vitesse... entre les classes vertes, stages de voile des enfants, les cadeaux de fin d'année pour les maitresses, sorties à la plage, les fournitures scolaires à prévoir pour la rentrée prochaine tant que j'ai encore un peu de temps pour ça...

Dans un prochain billet, je vous raconterai peut-être à quel point ce joli texte d'aujourd'hui est de l'histoire ancienne, comment je suis finalement devenue complètement hystérique, control-freak, en panique devant l'agenda surchargé, le temps qui file, ce "lâcher-prise" qui m'a subitement abandonnée, cette p!:¨)- de valise que je n'ai toujours pas préparée pour la maternité, et ces culottes-filet à acheter à la pharmacie, et le siège-auto que je n'ai pas encore acheté! hé hé!
Quelque chose me dit que les montagnes russes ne sont pas encore terminées...

à suivre...

ci-dessous quelques photos, quelques plaisirs simples de chaque jour (couture, cuisine, balades, plage, restos, paysages...)


































































cartes: Célestine et Compagnie











http://yuyubento.com


























ce livre sera l'objet de mon prochain billet...



































































3 commentaires:

  1. Oh mince il manque la Barbie sur le rebord de la baignoire :)
    J'aime bien ton approche par rapport à l'accouchement. C'est ainsi que je l'ai vécu moi-même sans projection démesurée (euh en fait sans la moindre projection). On ne peut pas prévoir et il faut bien y aller donc je ne voyais pas l'utilité d'un projet de naissance.
    Profite de l'instant c'est déjà bien suffisant.

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  2. Bonjour,
    Voilà environ 1 an que je lis tes billets sans jamais laisser de commentaires....Qu'il me plaît ton billet, qu'il me parle, même si je m'arrête à 3, j'ai aimé moi aussi ne pas avoir de projet de naissance, ne pas tout organiser de A à Z et me laisser porter. Vivre l'instant présent tout simplement. Tes photos sont très jolies et me donnent le sourire.....Merci !
    Alex

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  3. Tu es une magnifique femme enceinte! Je te souhaite une belle fin de grossesse, en espérant que les soucis disparaissent.
    Dans un autre registre, j'ai hâte de savoir ce que tu penses de We Need To Talk About Kevin. moi il m'a traumatisée (j'étais enceinte aussi à l'époque :D), en particulier le passage [SPOILER ALERT] où on comprend qu'il a versé de l'acide dans l'oeil de sa soeur. Brrrrrrr.

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