jeudi 11 octobre 2018

Avoir quatre enfants




Avoir quatre enfants... 

ça fait sérieux, ça fait doux-dingue, ça étonne, ça impressionne, ça fait toujours la même réaction chez les couples quand on arrive au restaurant; d’abord  la femme nous compte silencieusement, ensuite elle chuchote un truc à son mari, et ensuite il se retourne sur nous. Et double étonnement: nos enfants ne se tiennent même pas mal pendant le repas.



Quatre enfants ça fait différent, ça fait beaucoup, ça fait rêver, ou ça fait trop. Ça peut même faire peur... même dans notre propre famille. 

Ça peut exclure... Ça fait qu’on compte un peu moins sur l’« aide » des autres, et qu’on vit beaucoup plus en tribu. L’entraide, elle est avant tout entre nous. L’équilibre à six étant tout un art à trouver... on ne peut pas trop en rajouter pour les autres. 

Ça parait encombrant, compliqué, difficile, c’est vrai ça l’est, mais c’est aussi plus facile, plus simple, plus fluide, plus fun. 

Ça fait famille parfaite, ça fait catho, ça fait cas-soc’, ça fait tradi, ça fait «faut aimer vivre comme dans les années 50 », ça fait bobos, ça fait des allocs, ça fait « ah ben ça va pour vous, hein! », ça fait « mais vous avez pensé à leurs études? », ça fait pitié, ça fait "ah! moi j'pourrais pas!", ça fait des réductions d’impôts, ça fait « c’est merveilleux, qu’est-ce que j’aurais aimé », ça fait lapins, ça fait « la pilule vous connaissez? », ça fait avortement qui a mal tourné, ça fait jaser.

Ça nous engage, ça nous empêche, ça nous inquiète, ça nous rend plus dépendant l’un de l’autre, ça nous complexifie, ça nous alourdit... et ça nous simplifie, ça nous détend, ça nous libère, ça nous allège.

Ça crée de l’admiration ou de l’agacement. Ça fait envie ou ça rebute... quelque soient les réactions des gens, ça ne les rend jamais indifférents... et moi ça m’a appris le détachement: je ne prends pas ça personnellement, LEUR réaction fait écho à LEUR histoire. 

Quatre enfants ça fait plaisir quand ils sont couchés, ça fait du travail, de la fatigue, du bruit, de la vie.
C'est du temps à leur consacrer, à les élever en groupe, et à développer et confirmer chacun dans son individualité.
C'est plein de combinaisons différentes, c'est des discussions chaque soir, à deux, sur l'emploi du temps: "samedi midi je fais la surprise à l'un de l'emmener au resto? Et toi tu amènes l'autre à l'anniversaire? On se retrouve avec les deux petits après le cours de natation des grands? Et si tu en profitais pour faire une rando toute une journée avec l'ainée? J'ai pris des billets pour le théâtre avec le deuxième. Je vais au yoga le matin... on se retrouve tous les six en fin de journée pour l'apéro, après ton trail?".
Quatre enfants c'est courir après le temps, c'est courir un peu tout le temps, c'est toujours un peu stressant, c'est du sport et ça donne encore plus envie de faire du sport, pour tenir le rythme. Du coup, ça entretient, ça muscle, ça amincit, ça maintient en forme.

Quatre enfants ça joue ensemble, ça se soutient, ça donne le biberon parfois, ça met la table tous ensemble, ça prend des initiatives, ça s'élève dans l'esprit d'équipe, ça se co-éduque... par envie, par plaisir, par choix stratégique et par solidarité, et non pas parce que les parents les auraient "forcés".
Quatre enfants, ça se dispute, ça s'énerve, ça crie... mais ça nous dit aussi, et très souvent: "maman, heureusement que tu l'as fait, ce bébé".
Quatre enfants ça en réclame un cinquième... 

Cette fratrie, qu’on essaie d’élever dans l’entraide, l’empathie, le respect et la légèreté, est notre fierté, notre joie, notre petite folie. 
Notre choix, notre chance, notre évidence, notre normalité, notre sens de la vie. 

Avec eux on va partout, trouver un moment de libre pour se câliner juste tous les deux dans notre lit c’est parfois mission impossible, les week-ends en amoureux on ne sait pas trop ce que c’est, et à vrai dire on ne court même plus après. 
La vie va vite passer... bientôt la grande, le soir, pourra tous les garder, contre un petit billet! 

Et puis, ça va vous paraître un peu fou, mais les avoir, les quatre, ça nous rend même encore plus amoureux (et quand on est amoureux, on est créatif, voire contorsionniste... pour réussir à s’amuser à caser une partie de jambes en l’air entre un changement de couche, à l’aube, et le réglage de la télé sur les Zouzous (à fond, le son).

Quatre enfants, une folie? Pour nous, la folie eut été de ne pas les avoir.





1 commentaire:

  1. Je n'en ai "que" 3 mais cet article fait écho !! C'est beau cette force que ça donne :)

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