lundi 19 novembre 2018

La maternité misérabiliste, le féminisme victimaire, et moi.

Mater Dolorosa.




Hier j'ai publié un post sur Instagram, qui a soulevé beaucoup de commentaires.
Je souhaitais donc poser ma pensée un peu plus à plat ici, pour qu'elle reste, et que vos commentaires, très intéressants, puissent être plus facilement partagés.

J'y partageais la BD d'Emma sur sa description de la "réalité de l'accouchement (et ses suites)".


la BD entière est disponible ici 


Je me suis exprimée hier pour apporter un point de vue différent. Je sais qu'Emma est une dessinatrice célèbre, connue notamment pour avoir développé le concept fameux de "charge mentale"... mais, sans critiquer son travail en tant que tel, je me sens assez éloignée de ses idées, de sa façon de voir le féminisme.

Pour tout dire, je trouve son témoignage terrible... non pas parce qu'il décrirait quelque chose qui n'existe pas (chacune de ses vignettes décrit en effet des situations partagées, je crois, par toutes les jeunes mamans, a fortiori pour la naissance de leur premier enfant), mais parce qu'il est orienté sur le négatif uniquement, en occultant tout un pan de la grossesse, de l'accouchement et de la maternité, ressenti par beaucoup de femmes aussi: l'aspect POSITIF.

Je ne juge donc pas le témoignage personnel d'Emma, puisque c'est le sien et que je le comprends. J'apporte plutôt ma nuance, mon point de vue, lui aussi basé sur mon expérience personnelle... notamment parce que je crois que ces témoignages négatifs sur la grossesse, qui sont de plus en plus répandus, sur internet notamment, certes libèrent la parole et donnent à voir une réalité qui était certainement tue trop longtemps... mais ont, paradoxalement, un effet pervers: ils deviennent, pour les futures mères, qui peuvent les prendre pour l'unique réalité, carrément anxiogènes.





C'est cette façon de victimiser les femmes, qu'utilise Emma, de façon souvent politisée, qui ne me plait pas. Dans la charge mentale comme dans la maternité, elle explique finalement aux femmes que leur simple féminité les met d'office dans une situation de faiblesse et de passivité.
Je n'aime pas ces discours noirs, provenant principalement des femmes évidemment, qui, sous couvert d'"aider" les femmes en leur parlant de la "réalité"... génèrent surtout un féminisme plaintif, une vision pessimiste de la vie. En gros, ma fille, tu vas grandir et te faire avoir sur toute la ligne: tu vas en baver à l'accouchement, quant à l'éducation et à la vie de famille, ton mari va t'arnaquer et te refiler toutes les responsabilités.

Cette course au témoignage négatif, cette sorte de "compétition" basée sur "laquelle a la plus souffert", me laisse dubitative. Sur internet, on ne voit que ça. Et qui a eu le plus de points d'épisio, et qui a été le plus agressée, et qui a vécu le plus mal son accouchement... et gare à celle qui préfère plutôt exprimer le positif, ne pas s'étaler sur toutes les emmerdes à travers lesquelles elle est passée! Elle passerait pour une privilégiée... une femme qui n'a jamais souffert, qui aurait eu, continuellement, de la chance (cela existe-t-il?).
Chacun de ces témoignages est à respecter car il a été exprimé innocemment, évidemment... mais cet encouragement à libérer la parole, de salutaire, aboutit à une sorte de misérabilisme de la maternité/féminité qui finalement, donne une image de la femme qui ne me convient pas. Cela l'encourage à se définir par ce qu'elle a subi, par sa position de victime... et non par ses actions, ce qu'elle a réalisé de positif.

Non, nous ne sommes pas de petites choses fragiles, destinées à nous plaindre, attirer la pitié, et à encaisser les agissements des hommes, de la société.
Le seul fait d'être des femmes ne nous place pas d'office dans la case "pas de bol".

Etre une femme et devenir mère, cela ne consiste pas qu'en une mise-bas, une scène de boucherie entourée d'un personnel soignant méprisant, et livrée à elle-même.
C'est aussi une aventure absolument intense et passionnante, qui nous fait grandir et que l'on apprend sur le tas, mais pour laquelle nous regorgeons de force et de puissance, si on prend un peu la peine de s'y préparer. mentalement et physiquement. Un peu comme un sportif, ou comme quelqu'un qui s'apprêterait à concourir, à passer une épreuve.

Je regrette une chose dans cette BD (et dans d'autres) d'Emma: c'est cette façon de tout attendre de la société, de l'Etat.
L'accouchement est une aventure avant tout personnelle, et même si l'on aimerait évidemment être le centre du monde, notamment à la maternité, la réalité ne le permet pas.
Bien sûr que tout ce qu'elle décrit dans sa BD est vrai, et difficile à vivre. Et qu'il y a de multiples voies d'amélioration possible (en terme de moyens, de disponibilité des soignants, de respect des voeux de la future maman, de confort, de visites nocturnes, etc...)
Mais nous vivons dans un pays extrêmement privilégié, qui offre aux femmes une grande sécurité et un confort souvent inégalé ailleurs (rien que mes copines en Angleterre, me racontent que l'hôpital public, là-bas, est digne du tiers-monde! Quant au séjour à la maternité, on ne peut pas le critiquer.. il n'y en a pas, et ce n'est souvent pas un choix), et c'est bien, aussi, de savoir l'apprécier.

On ne peut pas laisser les femmes tomber dans le piège de devenir encore plus passives qu'elles ne le sont déjà, en rêvant que l'Etat Providence leur apporte encore plus d'assistance et de confort, leur supprime tout désagrément lié à l'accouchement. Ce serait le bonheur, bien sûr, mais ce n'est pas possible.
Je crois plus lucide et réaliste d'encourager les femmes, plutôt qu'à se plaindre du traitement qu'on leur fait, à se prendre en main. A réellement se préparer, à discuter en couple, à développer des connaissances plus poussées sur leur corps et leurs capacités, en s'entourant, mais aussi en allant, d'elles-même, taper aux portes, demander conseil auprès d'autres femmes expérimentées et qui leur inspirent confiance.... choisir de faire différemment.
Bref, agir, prendre confiance en elle, apprendre à dire non (et se souvenir qu'on a toujours le droit de dire non dans la vie, même quand on est une jeune maman!), maitriser sa vie. Car personne n'accouchera à sa place, personne ne la chouchoutera, ne la respectera, si elle-même, déjà, ne fait pas la démarche active.
Plus qu'un encouragement à la complainte collective (qui tombe souvent dans le sensationnalisme, voire le racoleur, comme si en rajouter sur la souffrance que les autres vivront forcément, après celle que nous avons subie - avec héroïsme!-, nous procurait presque... un soulagement!), plutôt que de céder aux récits volontairement un peu trop sanguinolents (qui attirent le lectorat, font du buzz tellement facilement), de tomber dans cette fascination du pire  (c'est toujours plus facile de râler, c'est humain)... préférer promouvoir une sorte d'empowerment (puisque le terme est à la mode...).

Et je ne suis pas certaines que toutes ces difficultés soient dues au fait que les femmes soient femmes... c'est la vie d'adulte en elle-même qui est compliquée, semée d'embuches, pénible. Pour les hommes comme pour les femmes.
Et dans la vie, pour obtenir des choses, il faut s'imposer, se défendre, s'imposer, gueuler... dans la maternité aussi. Ce n'est pas en se brossant les cheveux bien sagement dans la tour de son donjon, en attendant qu'un Prince Charmant qui passe par là nous prenne en pitié (il va forcément trouver notre sort injuste, et faire quelque chose, non?), que notre situation risque de s'améliorer.

Eh oui, clairement, devenir mère nous fait souvent, en même temps, devenir adulte: On découvre, à la naissance de notre premier bébé, l'ampleur de ce qu'on perd. La "perfection" de son ventre, de son apparence physique, de son corps... le repos, le répit, la liberté, l'insouciance. "On ne nous avait pas prévenues! Jamais on ne m'a élevée dans l'idée de sacrifice! Pourquoi les hommes vivent les choses différemment?". Le poids des responsabilités et de la fatigue nous tombent dessus d'un coup, et c'est, pour toutes les femmes je crois, un choc, pour le premier bébé. C'est le début de la sagesse... qui est un travail qui prend beaucoup de temps (Et qui, je crois, n'a pas de fin).

Mais autant regarder cela comme un passage normal: participer à l'Histoire de l'humanité et donner la vie ne ressemble, certes, pas à un "voyage aux Maldives", accoucher n'est pas un chemin de roses ni un moment confortable.... OK. Mais c'est une aventure complètement dingue, physique, émotionnelle, humaine, spirituelle, universelle, métaphysique! Qui, au delà de la douleur et des dégâts qu'elle cause au corps et à l'âme, procure des sensation de puissance et de fierté qui, personnellement, m'ont durablement modifiée: quand je regarde mes enfants, je fais aussi face à ma propre fierté: celle de les avoir "réalisés". Cela vaut bien d'avoir versé quelques larmes.
Et puis, les bleus à l'âme, et au corps, eux aussi, ils passent. La nature est bien faite. Le corps s'en remet... pour pouvoir remettre ça! (et là encore, il s'en remet d'autant mieux quand cela passe par un entretien actif de son corps; il ne suffit pas d'attendre passivement que tout revienne comme avant, comme par magie). Les choses s'arrangent. Pourquoi ne pas le dire?

Alors, loin de moi l'idée de dire qu'il faut accepter d'endurer, d'enfanter dans la douleur: Personnellement je suis pour tous les moyens mis en oeuvre pour diminuer la souffrance des femmes.
J'essaie simplement d'exprimer une chose: Nous sommes seuls sur terre. Seuls à la naissance, seuls à la mort. Seuls pour vivre la maladie, la décrépitude, la douleur physique et morale. Nous pouvons être entourés, aidés, et tout sera facilité.... mais globalement, les rendez-vous avec l'existence, nous y allons être confrontés seuls. Autant le savoir, s'y préparer, anticiper, plutôt que d'attendre de la "société" qu'elle vienne tout nous épargner.

En tant que mère de quatre enfants, j'ai évidemment énormément progressé... J'ai bien vécu chacun de mes accouchements, mais j'ai aussi ressenti ce que décrit Emma dans sa BD. L'impression qu'on va crever de douleur, qu'on va mourir de fatigue, que ce nouveau-né, par l'énergie qu'il nous demande, va nous terrasser. Et puis peu à peu on apprend, on se débrouille, on trouve des techniques, et on s'en sort. C'est pour ça qu'on fait d'autres bébés.
Et ce qui pouvait paraitre absolument invivable à la naissance du premier bébé (la fatigue des trois jours passés à la maternité), on apprend à le positiver, à l'apprécier, à en profiter, et même, pour les plus dingues d'entre nous, à l'adorer (avec une famille nombreuse, le séjour à la maternité est une parenthèse enchantée, sans cuisine à faire, ni allers-retours à l'école à gérer!).
Mon quatrième accouchement, je l'ai aimé de A à Z... j'en chéris le souvenir. Pourtant, sur l'échelle de la douleur, il était extrême, comme les précédents.

Je suis aussi inspirée par des femmes de mon entourage, que j'admire. Deux d'entre elles notamment, ont eu des grossesses bien plus précaires et difficiles que les miennes, et pourtant, donnent le change, avancent, s'en sortent, avec un sourire radieux. L'une d'elles a perdu, à deux reprises, son bébé à la toute fin de ses grossesses. L'autre, dans la vingtaine, a vu son compagnon se barrer, à l'annonce de sa grossesse, et a tout vécu seule. Grossesse, accouchement, nuits blanches, premiers mois. Charge mentale +++. Toutes deux rayonnent, et donnent cette image de "filles privilégiées", physiquement et mentalement... vous savez, ce genre de filles "qui ont tout", qui ont surement eu "de la chance dans la vie, elles". Je ne dis pas qu'elle n'en ont pas pleuré toutes les larmes de leur corps, dans l'intimité de leur chaumière. Je dis juste qu'elles ont formulé le choix de ne pas se laisser définir par ça. Surtout, ne pas inspirer la pitié.

Alors, si nous nous prenions en main, pour ne pas avoir l'impression de passer à coté de notre maternité? (voire de notre vie?). C'est quand-même maintenant qu'il faut en profiter... on est jeunes, en bonne santé (ça ne va pas durer), on donne la vie... y a-t-il des périodes aussi bénies dans la vie?
Personne ne vous volera ces moments, si vous décidez de les vivre intensément, de maitriser les étapes importantes (tout en acceptant aussi l'inconnu, et en développant ses capacités d'adaptation... fort nécessaires pour un accouchement, qui est par définition une bombe à retardement, et nous apprend que rien ne se passe jamais comme prévu).
Sans remettre en cause la réalité du témoignage d'Emma (qui n'a pas versé une larme en découvrant son reflet, de profil, en culotte-filet, dans le miroir de la salle-de-bains de la maternité?), je souhaiterais rassurer les futures mamans. Apporter une nuance. Sans édulcorer, sans occulter la réalité... mais sans noircir le tableau non-plus. Ce féminisme-là, ce n'est pas le mien. cette vision de la maternité non-plus.
Un autre vécu est possible, un autre regard. Et il ne dépend pas que de la "chance". Il peut aussi provenir... d'un choix.


(N'hésitez pas à commenter sous mon billet! Je sais qu'on prend de moins en moins la peine de commenter sous les billets de blog, les réseaux sociaux sont plus rapides... mais ici, cela permettra à votre texte d'être conservé, et d'être lu par les autres. J'ai reçu tellement de témoignages via Instagram en message privé, tous plus intéressants et émouvants les uns que les autres...)


à lire aussi parmi mes anciens billets:

La maternité version réaliste
la mamma, ou comment s'épanouir dans la maternité
(et tout un tas d'autres billets sur le thème... que je vous laisse chercher!)







15 commentaires:

  1. Bonjour

    Merci pour ces précisions sur la maternité où je me retrouve à 100 %.
    Effectivement tout ce qu'Emma décrit je l'ai vécu mais ce n'est pas ce dont j'ai envie de me souvenir de mes 3 grossesses et encore moins ce que j'ai envie de transmettre à mes filles. Mon caractère faisait que j'essayai de me montrer forte face à ma famille et que j'attendais beaucoup du personnel de la maternité alors qu'il aurait fallu faire l'inverse. Je voulais allaiter mais n'y arrivai pas, il disait "pas assez de lait", "biberon de substitution pour que vous dormiez" ; Je me rend compte maintenant que j'aurai du me faire mieux entourer et ne pas croire tout ce que les sages femmes me disaient comme parole d'évangile. Voilà ce que je retiens de votre message pour mes filles :

    On ne peut pas laisser les femmes tomber dans le piège de devenir encore plus passives qu'elles ne le sont déjà, en rêvant que l'Etat Providence leur apporte encore plus d'assistance et de confort, leur supprime tout désagrément lié à l'accouchement. Ce serait le bonheur, bien sûr, mais ce n'est pas possible.
    "Je crois plus lucide et réaliste d'encourager les femmes, plutôt qu'à se plaindre du traitement qu'on leur fait, à se prendre en main. A réellement se préparer, à discuter en couple, à développer des connaissances plus poussées sur leur corps et leurs capacités, en s'entourant, mais aussi en allant, d'elles-même, taper aux portes, demander conseil auprès d'autres femmes expérimentées et qui leur inspirent confiance.... choisir de faire différemment".

    Aude

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  2. Je me retrouve beaucoup plus dans ce que tu as écrit ici que dans ton post sur Instagram, certainement parce que tu as beaucoup plus développé er nuancé. Merci d'avoir pris ce temps !
    J'ai déjà eu l'occasion de dire à quel point je ne me reconnaissais pas dans le féminisme d'Emma, et de tant d'autres, qui fait de nous seulement des victimes.
    Il y manque quelque chose de l'ordre de "que faisons-nous de tout ça ? Comment allons-nous dépasser ça, trouver en nous-mêmes et autour de nous les ressources, prendre la responsabilité de notre bonheur plutôt que de l'attendre des autres ?" Oui, tout est vrai, et oui une jeune maman peut se sentir moins seule en lisant cela. Mais après ?
    Et je suis d'accord avec toi, il est autant contre-productif d'occulter le positif que le négatif. La vie c'est 50/50, et je trouve dommage ce mouvement de balancier qui ne peut présenter les choses de manière équilibrée.
    En ce qui me concerne j'aurais mille choses à dire sur ce que la maternité a changé, en bien, dans ma manière de voir ma féminité. Sur la confiance que m'ont donnée mes accouchements. Mais ce serait trop long.
    J'ajoute juste un dernier point : si Emma peut écrire tout cela et sur ce ton, c'est aussi parce que nous avons, en France, une médecine un peu trop souvent infantilisante et interventionniste. Et ce serait bien que ça change, de ce côté-là.

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  3. Je suis d'accord avec le constat de base : seul le négatif est évoqué dans ces BD, et cela ne peut absolument pas représenter la maternité, mais alors vraiment pas. Mais pour le reste, je n'adhère pas à ton analyse. Pour pouvoir se sentir forte, c'est important de savoir ce qui va se passer, d'être prévenue. Tu parles de "prendre la peine de se préparer mentalement et physiquement". Oui, mais quand on ne sait pas ce qui va nous attendre, c'est quand plus facile si d'autres femmes ont parlé de ces moments-là aussi. Personnellement, je suis l'aînée de mes soeurs et de mes cousines, je ne suis pas proche de ma mère, aucune de mes amies n'avaient eu d'enfant à la naissance de mon aîné... que d'erreurs (d'apprentissages) ai-je commises ! Principalement contre moi, je veux dire des erreurs me créant du tort et me mettant des situations dans lesquelles je n'étais pas à l'aise. Mais quand à la naissance de mon 2ème j'ai rencontré des difficultés et que j'ai osé en parler avec les mères autour de moi : quel soulagement ! Je me suis sentie moins seule. On est finalement toujours seule, certes, quand son bébé dort peu et mal et que c'est DUR. Mais dans ces moments-là, je savais aussi que d'autres mères vivaient la même situation et je me sentais moins désespérée... c'est une réalité ce désespoir, tout comme il est vrai que ce ne sont que des moments transitoires et que de les passer nous permet de nous sentir fortes. C'est ce qui me faisait tenir d'ailleurs, je me projetais dans "l'après" en me promettant que je serai fière de moi.... mais je m'égare. Je trouve nécessaire de parler du négatif aussi, je trouve même cela constructif. Tout simplement parce que je ne vois là rien de victimisant ou misérabiliste : je n'attends pas la solution des autres, surtout pas, c'est un piège dans lequel on se retrouve à être frustrée en permanence. Il faut en effet prendre conscience que la solution face à ces solutions difficiles est en nous : refuser ce qui ne nous convient pas, oser dire nos désaccord, se faire confiance, etc... Je ne suis pas fan du travail d'Emma, que ce soit sur la maternité, le féminisme ou d'autres sujets. Mais je ne suis pas fan de ta vision non plus. Même si ce texte prend plein de précautions, je trouve qu'il emporte beaucoup de jugements. Je me sens féministe, je parle des difficultés en tant que mère autour de moi, j'entends les difficultés des autres... mais je ne suis pas du tout passive. La solution est en nous ! comme pour beaucoup de choses... Ca me fait penser à un tout autre sujet où tu disais que bien loin de toi la mère de famille-élue parent d'élève : je le suis depuis cette année. C'est une super opportunité de construction ! La relation avec l'équipe enseignante est super bonne, on parle ensemble des difficultés et on se comprend, on cherche des solutions. Ca peut-être ça aussi être élue parent d'élève. Tout comme parler des difficultés liées à la maternité ou être féministe ne veut pas dire qu'on est passive ou qu'on se positionne en tant que victime. Et au contraire, comme toi, j'aime le sentiment de force qu'on peut tirer de la maternité, et à quel point c'est un épisode passionnant dans nos vies !

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    1. Tu dis que tu ne partages pas mon analyse mais tes idées sont souvent proches des miennes. On diffère peut-etre sur des nuances, mais globalement j’ai l’impression qu’on est en accord, en fait 😉

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  4. Merci Marine pour ce post qui met particulièrement en valeur toute l'ambivalence et la richesse de nos féminités, à toutes.

    A titre personnel, je suis particulièrement gênée par les propos qui commencent par "il faut" - et encore plus lorsqu'il s'agit d'idées politiques. Car avec ce sujet du féminisme, nous sommes vraiment dans le politique (comme l’a très justement fait remarquer l’une des commentatrices sur votre compte Instagram), et dans la question lancinante, très actuelle, de l'égalité entre les femmes et les hommes.

    Sans faire de la mauvaise exégèse, ce « il faut », vous l'utilisez à trois reprises dans votre texte : deux fois en positif, une fois creux.

    En positif : d’abord, « il FAUT s'imposer, se défendre, s'imposer, gueuler », dans la vie comme dans la maternité. Clairement, je pense que c’est là que certaines de vos lectrices peuvent se sentir heurtées, car nous toutes et tous (ce n’est pas qu’un problème féminin loin s’en faut), sommes par nature inégaux face à cette bataille pour la vie que vous décrivez. Je comprends que la loi du plus fort soit une idée hélas assez communément répandue, mais j’ai du mal à l’ériger en solution à l’endroit de ceux qui n’osent pas, ceux qui ne savent pas, ceux qui sont seuls ou fragiles.

    A mes yeux, ce n’est pas victimiser que reconnaître avec simplicité, voir accueillir pour mieux accompagner, les solitudes et les fragilités de ceux qui nous entourent. Ce n’est pas avoir pitié de ces mamans de votre entourage que vous évoquez, que de reconnaître les défis incroyables auxquels elles sont confrontées, de reconnaître qu’elles les relèvent avec un admirable brio, et de rester à l’écoute parce parfois, elles n’arriveront plus à s’imposer, à se défendre, à s’imposer et à gueuler.

    Ce n’est donc pas victimiser les femmes que de reconnaître que dans nos sociétés occidentales très performatives, la grossesse, l’accouchement et le post-partum restent des moments de grandes fragilités, plus ou moins bien accompagnés – quel que soit le milieu social, d’ailleurs. Et ce n’est pas nouveau : on a presque oublié qu’autrefois, les chances d’en mourir carrément étaient terriblement élevées. Si ce n’est pas de la fragilité…

    Ensuite, en fin de post, vous nous dites qu’ « il FAUT (…) profiter » de la vie ; mais là aussi, comme je l’avais un peu écrit sur Instagram, je vous avoue entretenir de grandes réticences à l’endroit de tout ce qui ressemble fort à ce qu’on appelle désormais « l’injonction au bonheur ».

    Cette tyrannie de la « positive attitude », qui consiste à reporter sur chacun la charge et la responsabilité de son propre bonheur est culpabilisante et anxiogène. D’une part, parce qu’elle empêche de considérer sainement notre rapport à l’échec : les émotions négatives deviennent la preuve flagrante de notre faiblesse, de notre incapacité à être heureux, de notre échec à jouer le jeu social.

    Pis, dans ce cas précis de la maternité, on en arrive à confondre les émotions négatives du périnatal avec l’amour filial. Or, n’aime pas moins ses enfants parce que l’on a souffert, que l’on a été déprimée, ou que l’on a eu du mal à se (re)connaître mère ! Cette hyper-individualisation et cette quête du plaisir permanent (que je ne peux pas m’empêcher d’associer à la surconsommation ambiante) prennent des proportions incroyables, à tel point que certaines mamans parlent de débuts de maternité gâchés ou encore hésitent à répondre positivement à un désir d’enfant supplémentaire : « comment peut-on profiter de la vie si on n’arrive déjà pas à profiter de sa maternité ? »

    Sauf qu’on ne « profite » à mon sens ni de la vie, ni de la maternité. On vit, tout simplement. Et on a le droit d’avoir des coups de mous, et de les exprimer. De ne pas chercher absolument à renvoyer une image de « fille privilégiée », physiquement et psychologiquement. On a même droit de ne pas être cette fille, en fait. (commentaire 1/2)

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  5. Et pour finir, en creux, vous nous dites qu’il ne FAUT pas accepter de souffrir, mais j’ai le sentiment que vous vous arrêtez à la souffrance physique. Même si je trouve cela un peu dommage de se restreindre à cet aspect des choses, je comprends finalement que ce qui vous irrite le plus, c’est ce que vous identifiez à des plaintes, à du laisser-aller, à une certaine forme de paresse : et c’est vrai que rien n’est moins enthousiasmant que les gens qui geignent en permanence (ce que je ne crois pas qu’Emma fasse pour être honnête, son travail reflète plutôt une forme de colère). C’est vrai aussi que se reconnaître faible n’a rien de transcendant : dans votre post, je ne compte plus les références à la force, à la puissance, à l’énergie. Mais parfois, se reconnaître faible constitue une vraie force, autrement plus difficile à mobiliser.

    En synthèse, vivent les boosts collectifs et merci pour votre coup de fouet salutaire. J’espère que ce message un peu long n’alimentera pas trop votre agacement et trouvera écho chez certaines de vos lectrices. De mon côté, je reste féministe : pas pour me plaindre (ce qu’on a le droit de faire), ni pour être en colère d’ailleurs (et il y a de saines colères !), mais pour (essayer d’) être une femme libre dans un monde (à peu près) libre.

    Moi qui ai accouché trois fois, je ne me lasse pas d’écouter les « Viêt-Nam » des autres mamans. Je suis toujours émerveillée devant la diversité des expériences, le rapprochement sororal que ces discussions procurent, les anecdotes incroyables – le pire comme le meilleur – et souvent racontées avec beaucoup d’humour : celui qui est permis parce que le temps a passé et que du recul a été pris.

    Quand j’attendais mon aînée, j’étais persuadée que « ça » serait épouvantable. « Cela » s’est finalement révélé compliqué, mais pas du tout pour les raisons que j’imaginais ! Et comme vous, j’y pense souvent, mais je suis à peu près certaine que le moment venu, je raconterai tout à mes filles, sans fard. Le pack complet. Je leur dirai d’en faire, à l’envie et comme elles le souhaiteront, le terreau de leur propre expérience, additionné à tout ce qu’elles rencontreront. Et par-dessus tout, je leur dirai de ne pas avoir peur. (commentaire 2/2, limitée par la taille ! Désolée mais tes mots m'ont inspirée !!)

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    1. Merci pour ton commentaire super intéressant.
      Ok, on partage le même constat: on est faible quand on vient d’accoucher. C’est un fait, et idéalement, tout devrait être fait pour protéger et chouchouter la jeune mère.

      Mais après? On fait quoi?
      ne peut-on pas, en plus, essayer de donner des cles, voire des armes (oui oui!) aux jeunes mères pour développer des ressources intérieures, prendre confiance en elles? Doit-on s’en empêcher, simplement parce que ça entretiendrait une idée de recherche effrénée d’un bonheur occidental, d’une efficacité productiviste? Laissons cette idéologie (que je trouve intéressante pour autant) de côté pour certaines... qui ne demanderaient qu’à être mieux « équipées » concrètement!

      J’ai vécu une troisième grossesse difficile psychologiquement, et l’accouchement a été dur. Pendant cette grossesse, je n’ai cessé de rechercher, pour tenir, des témoignages positifs, inspirants, motivants, donnant de l’espoir. Lire et entendre uniquement des témoignages glauques frustrés et déprimés ne me donnait qu’une envie: mettre la tête dans le four. Et des mauvais présages, j’en ai entendus trop! Venant à chaque fois d’autres Femmes, à qui ça faisait sûrement du bien de me raconter leur malheur d’etre Devenues mères. Je les fuyais! Je leur en voulais et leur en veux encore.

      Continuer la pratique du yoga pendant les deux dernières grossesses m’a fait un bien fou, développer mes propres ressources, réfléchir encore plus à ce que je souhaitais, acceptait, refusait, les mettre en œuvre à la maternité -Avec l’aide de mon mari- (exprimer des refus de visites, par exemple)... toutes ces choses m’ont fait plus de bien que d’attendre une hypothétique aide extérieure.

      On peut prévenir les femmes des difficultés qj’elles vont rencontrer, mais les aider, aussi, à les anticiper. Plutôt que de leur dire qu elles vont en baver, sans autre solution que le service après-vente a posteriori (comme d’aller voir un psy après).
      Je crois à l’action, à la créativité, à la maîtrise de sa propre vie!

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    2. Merci pour ta réponse ! (Je passe au tutoiement, allez j'ose !) Et en fait, je suis d'accord avec tout ce que tu décris : donner des armes => un grand oui ! En fait on se rejoint totalement sur la nécessaire dédramatisation du sujet. Car tout passe. Et effectivement, ce qui manquerait peut-être à la bd d'Emma, c'est une conclusion en mode "hey, ça va passer, vous allez y arriver, collectivement nous allons y arriver. Toutes ces difficultés vont passer." Et en fait, là, oui, je vous rejoins. Nous sommes tous artisans d'un environnement bienveillant, en commençant par soi-même. Et rien que cela, c'est déjà un point de vue politique, prise dans son acception la plus large : l'organisation de la Cité, l'organisation d'une communauté d'Hommes. ;)

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  6. WOW...
    tant de choses à dire, je ne sais par où commencer...
    D'abord peut-être par le fait que je suis ton blog assidûment, justement parce que je suis ton opposée... Je suis la fille qui ne voulait pas d'enfant, qui s'est laissée convaincre par amour, qui ne sait toujours pas plus de 4 ans après si le "bilan" de ce choix sera positif.
    Alors te lire, lire le plaisir que tu prends à être mère de 4 enfants, c'est pour moi plus dépaysant que la plupart des romans de science-fiction. Et si je m'obstine, c'est un peu je crois dans l'espoir de finir par comprendre ton secret de la maternité épanouie !
    Et là où je rejoins d'autres commentatrices, c'est que je trouve ta critique de la BD d'Emma très culpabilisante. Tu dis en gros que le secret pour vivre bien sa maternité, c'est d'être préparée et de s'attacher au positif. OK. Mais je croyais être préparée : j'avais suivi scrupuleusement les cours de préparation à l'accouchement, j'avais lu plein de documentation, décidé de faire les choses bien (allaitement, congé parental de 6 mois...). La douleur de l'accouchement, le corps ravagé après, je m'y attendais, je savais que c'était passager, ça ne m'a pas troublée tant que cela. Mais l'allaitement difficile (je l'avais 8 h par jour au sein !) le manque de sommeil poussé à l'extrême (elle avait un souci de reflux important, elle ne dormait que contre moi en position verticale - scoop : je ne sais pas dormir debout !), le père qui découvre que les pleurs de nouveau-né le rendent fou et qui lui hurle dessus - donc impossible de passer le relais... Non tout ça je n'y étais pas préparée. Et si au lieu d'essayer de me montrer forte, j'avais admis que je n'y arrivais pas, s'il y avait eu effectivement une sage-femme à venir (et pas juste une fois au tout début du congé mat.) et à me dire stop, laissez tomber l'allaitement, on va la prendre pour une nuit pour que vous dormiez... Peut-être que je ne paierai pas encore aujourd'hui le prix de ces premiers mois (sur ma santé, sur mon couple à reconstruire après un tel sentiment de trahison, sur ma relation avec ma mère à qui je viens seulement d'avouer à quel point je lui en veux de ne pas m'avoir aidée malgré mes demandes...)
    Jusqu'à récemment dans l'Histoire, les enfants étaient rarement élevés par une ou deux personnes. Il y avait plusieurs générations sous le même toit (mon père, le cinquième fils de ses parents, a principalement été élevé par son grand-père !), ou des petites communautés, et les enfants étaient l'affaire de tous. Aujourd'hui, tout est resserré sur la cellule familiale, voire monoparentale. Alors en prendre acte et vouloir remplacer l'entraide communautaire du passé par des organismes d'état, ce n'est pas se poser en victime, c'est utiliser notre force présente pour pallier nos éventuelles faiblesses futures - et donc les surmonter. Bien sûr certaines femmes n'en auront pas besoin, plus endurantes, plus énergiques que d'autres. Tant mieux pour elles, mais nous ne sommes pas toutes égales.
    Quant aux aspects positifs de la maternité, il y en a évidemment. Mais là encore, chacune y trouve quelque chose de différent - toi tu parles de "sensation de puissance et de fierté", moi c'est ce que je ressens lorsque j'ai fini une sculpture, pas quand je regarde ma fille...
    Pour finir, tu parles beaucoup du bonheur comme étant "un choix", et je te rejoins sur cet aspect-là : on ne peut pas choisir ce que la vie nous envoie, mais on peut choisir notre façon d'y réagir. Mais donc savoir que la maternité peut être vécue comme la loose ultime est aussi une façon de nous préparer à réagir. J'ai eu ma fille et je l'aime, mais j'ai assez d'éléments désormais pour choisir pleinement de ne jamais refaire d'enfant !

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    1. Lis mon article « la mamma », dont le lien est en bas de mon billet... tu comprendras peut être comment j’arrive à m’epanouir dans la maternité.
      Et qu’en aucun cas je n’enjoins les femmes à être ou à paraître fortes.... mais que j’aimerais qu’on les encourage à développer leur force intérieure, car elles en ont. Ce qui est différent.

      Et cette maternité « à la méditerranéenne » dont je parle dans le billet en question, elle aide justement à ça: à se préparer, non pas en se rendant scrupuleusement à tous les cours de préparation à l’accouchement ou à lire tous les articles’ possibles sur l’allaitement.... mais à vivre sa maternité plus instinctivement, plus librement, de manière moins cérébrale et moins dans un objectif de performance.
      Sinon, on explose en plein vol. C’est juste logique.

      Et ça, cette confiance en soi, en ses propres ressources, plutôt qu’en la lecture assidue de doctissimo et de toutes les théories d’education, ça vient petit à petit, et avoir plusieurs enfants aide évidemment à ce détachement. C’est un entraînement, là technique’ se peaufine, petit à petit.
      Sans être wonderwoman pour autant.

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  7. J'ai le sentiment à te lire qu'il y a un refus de politisation, ou bien un désir de s'en tenir à une quête personnelle, intérieure. Mais pourtant quand tu dis "on est faible quand on vient d’accoucher. C’est un fait, et idéalement, tout devrait être fait pour protéger et chouchouter la jeune mère", cela rejoint typiquement le militantisme de féministes comme Emma, qui par exemple se battent pour allonger la durée du congé paternité.
    Bien sûr qu'il est important de puiser dans sa force intérieure et de ne pas être passif. Mais je ne crois pas que les militants aient le sentiment d'être passifs ou geignards... Simplement, ils cherchent non pas seulement leur bien-être personnel mais celui du collectif.
    Le féminisme ne peut se résumer à une histoire de développement personnel.
    Quant à l'argument "c'est bien pire ailleurs, les français ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont", il est bien la preuve que l'Etat dont "on ne doit pas tout attendre" permet quand même un peu plus de justice sociale qu'ailleurs, puisqu'on a de la chance. Et je fais partie des gens qui estiment que sans en attendre "tout", on peut en attendre davantage : se contenter de ce qu'on a sous prétexte que c'est pire ailleurs, c'est le nivellement par le bas assuré.

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    1. En effet, je ne m’attache pas dans ce billet au discours politique d’Emma, mais plutôt aux conséquences humaines, psychiques, que son discours peut avoir sur les esprits des jeunes futures mères. Je ne me place pas du tout au niveau collectif mais individuel.

      Comme je l’ai dit, pour certaines c’est important d’entendre la réalité crue, d’autres sont à la recherche de l’inverse: un son de cloche positif, donnant de l’espoir! Et cela ne signifie pas que l’une ou l’autre soient dans un idéal béat pour autant. Mais franchement, on m’en a dit, des horreurs sur la maternité, et je suis surprise de voir que je vis certaines choses de manière plus facile que ce que certains oiseaux de mauvais augure m’avaient « prédit »!
      Rétablir une nuance, de façon tout à fait personnelle et individuelle. Voilà ce que je fais! Ça ne parlera sûrement pas à celles qui ont un point de vue différent... mais je sais aussi, d’expérience (je reçois régulièrement des messages me remerciant pour le bien qu’un billet a pu procurer, et même si ça ne concerne qu’une personne parmi tant d’autres, c’est toujours une surprise et un plaisir!), que ça apportera un peu d’ optimisme à quelqu’un.

      Et en effet, comme tu l’as vu, je ne me prononce pas du point de vue politique. D’abord parce que ce n’est pas la chose qui me passionne le plus (j’aintendance à comprendre assez facilement qu’on pense à l’opposé de moi, car ce qui forge une opinion c’est un contexte de vie, un milieu social, et ils sont si variés... pourquoi se battre à argumenter?), et que j’ose espérer que certains domaines comme la naissance, l’education, le couple et son organisation propre à chacun, puissent encore un peu échapper au fameux « tout est politique » (slogan qui m’enuie assez).
      Je me méfie du « tout est politique » car, même s’il est subjectivement vrai, il a pour conséquence potentielle de déresponsabiliser les gens... en leur disant à chaque fois « ce qui vous arrive n’est pas de votre fait, vous n’avez aucun moyen de le maîtriser/corriger, les valeurs morales que vous avez (soutien familial, entraide, amitié, etc) ne vous serviront pas, tout est de la faute de l’Etat et la solution ne viendra que de là ».

      Même si je crois évidemment à la politique, je ne crois pas que le « tout politique » soit possible. Je crois au développement de tout un tas d’initiatives privées, de solidarités, d’associations, etc... qui ont aussi pour effet, par leur « petite échelle », de responsabiliser à nouveau les gens, stimuler l’esprit d’entraide, questionner le sens du mot « famille », etc...

      Ensuite parce que si je me mets à faire de la’ politique ici, il y aura un débat que je n’aurai pas le temps/l’energie/la volonté de mener. Comme... tiens, par exemple: « ok, allonger Le paternité serait une bien belle idée... mais qui va la payer? » 😉

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    2. [bon je pourrais conclure par "ok tu es plutôt libérale et je suis plutôt interventionniste, mais je vais développer car ¯\_(ツ)_/¯ )]
      Mais individuel et collectif, l'un ne va pas sans l'autre. Moi aussi je crois au développement d'initiatives privées, aux assos, à "charité bien ordonnée commence par soi-même" (pour aller vite hein !). Mais je suis aussi convaincue que ça ne suffit pas. Pour bien vivre (et, on sera d'accord là-dessus je pense, "bien vivre" dépasse le cadre de "être heureux"), on ne peut pas se contenter du niveau individuel. (Pas plus qu'on ne peut se contenter d'être un élément du collectif, hein, on n'est pas des fourmis ni des abeilles !) Notamment parce qu'il y a un double mouvement : le comportement des gens peut influencer les décisions politiques, les projets de loi, et les lois à leur tour influencent le comportement des gens.

      Et je ne trouve pas que les gens soient particulièrement déresponsabilisés. Et certainement pas quand on leur propose des concepts pour appréhender ce qu'ils vivent. Par exemple, la fameuse Emma raconte qu'elle reçoit des mails de mecs pas contents parce que leur meuf s'est tirée suite à la lecture de la fameuse bd sur la charge mentale. Est-ce que ces femmes qui ont mis les voiles, après avoir découvert le concept de charge mentale, se sont senties déresponsabilisées de leur condition ? Pas du tout, au contraire : elles ont compris que ce n'était pas de leur faute, qu'elles n'étaient pas coupables de ce qui leur arrivait. Et elles ne sont pas restées dans une posture de victime, puisqu'elles se sont barrées !
      Voilà, c'est ça je crois la différence : là où tu vois de la déresponsabilisation, moi je vois de la déculpabilisation. Il faut pour cela d'abord admettre qu'on n'est pas seulement un individu avec un libre arbitre isolé de toute influence extérieure, ce qui n'est pas forcément évident (je me rappelle en cours de sociologie, la claque que mon amour-propre avait reçue quand je m'étais retrouvée face à un tableau qui décrivait assez précisément mes goûts, mes dégoûts, mes aspirations, en un mot mon caractère, juste à partir de mon milieu social. C'était assez vexant ! Mais indéniable.) Et justement, reconnaître ce qui nous a façonné, c'est aussi récupérer une part de liberté pour s'en affranchir. Et comme tout n'est pas tout noir ou tout blanc, ça n'empêche pas par ailleurs d'être responsable de ses actes et de ses choix.

      (Quant aux pistes de financement du congé paternité ou d'autres belles idées améliorant l'égalité sociale, j'en ai quelques unes, la taxe Tobin pour commencer, la lutte contre la fraude fiscale pour continuer - coucou Amazon qui se gave et ne paye pas ses impôts en France - mais je vais m'arrêter là pour ne pas partir dans tous les sens)

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    3. Merci en tous cas pour tes commentaires qui sont hyper constructifs. Si on discutait en face je crois qu’on se retrouverait sur l’essentiel 😉. C’est sur des subtilités finalement qu’on diffère... et je trouve ces réflexions passionnantes. (Ainsi que la sociologie en général! Et t’inquiete, moi aussi je sais que je suis un cliché ambulant de ma catégorie sociale, hein! J’essaie de le garder en tête mais quand je lorgne sur un fauteuil Eames avec la peau de mouton à mettre dessus pour être siiiiii originale, je me moque de moi, et je me réfrène 😅 😉 )

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  8. Je sais bien que nous avons toujours un des meilleurs systèmes de santé du monde, mais nous dégringolons, doucement mais sûrement. Nous avons été les premires, puis 7e, puis 15, puis 19e... à ce titre, je trouve légitime d'attendre davantage, d'attendre mieux. Cela a été possible, cela devrait le rester.
    Nos mères ont pu nous confier à la nuit et récuprérer de l'accouchement. Pour nous, selon les établissements, soit c'est impossible, soit c'est possible avec du bol - si le service est calme.
    Certaines ont eu des accouchements respectés, d'autres ont vécu des incisions non nécessaires qui ont pu laisser des séquelles irréversibles. Accoucher, c'est toujours un peu jouer à la loterie, mais la moindre des choses au 21e siècle, ce serait réduire la part de l'aléatoire (par exemple, savoir si on va tomber sur un médecin qui sait écouter et qui n'est pas trop dognatique).

    On ne peut pas dire "mais non, il n'y a pas de problème, pour moi, ça s'est bien apssé, il ne faut pas trop attendre".

    On peut dire qu'il y a de la loterue, dès le début de la grossesse. Tu risque d'en baver dès les premières semaines et de rester vissée à tes toilettes, comme tu peux traverser les neuf mois sans une goutte de nausée. Tu pourras récupérer ton poids avec ou sans efforts, ou tu pourras ne jamaiss le retrouver malgré les efforts. L'accouchement peutêter magique, il peut être traumatique. Parler de pires circonstances peut faire relativiser les choses après une expérience mitigée. Entendre des témoignages sur le pire et le meilleur, c'est toujours bénéfique. On comprend qu'il faut s'attendre à tout.

    J'ai, pour ma part, une expérience très différente de celle d'Emma quant aux premières semaines de vie de mes enfants. Mais je comprends que ma vie est plus facile que la sienne sur bien des opints cruciaux : mon mari est plus présent (une aprtie de so boulot se passe à la maison), j'ai pu avoir des congés de aternité plus longs, j'ai eu des bébés qui dorment facilement, je n'ai pas la fatique du métro quotidien, etc. Alors qu'elle le dit dans sa BD : elle a repris le travail aux 10 semaines règlmentaires (avec un loyer ou un prêt d'appart parisien, tout le monde ne peut pas se permettre un congé parental). Rien que ça, c'est scandaleux, quand on y pense. Oui, il y a pire ailleurs, et alors ? Pourquoi toujorus s'aligner sur le pire ?

    J'ai eu la chance de pouvoir rester au moins cinq mois avec chaque enfant. Tu as la chance (encore plus grande !) de pouvoir te permettre financièrement d'être mère au foyer. Ca joue ! J'ai eu beau reprendre le travail tard après chaque accouchement, je te promets que ça fait une belle différence.... et qu'un corps fatigué a accessoirement moins de chances de retrouver sa superbe rapidement...

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